André-la-Poisse Préface Iegor Gran Traduction du russe (Russie) par Louis Martinez Andreï Siniavski Éditions du Typhon

Merci Aux Éditions du Typhon Yves Torres pour l'envoi de ce roman fabuleux.
André-la-Poisse
Préface Iegor Gran
Traduction du russe (Russie) par Louis Martinez
La couverture (magnifique) signée de Adrien Bargin
Andreï Siniavski
Éditions du Typhon
Quatrième de couverture:
Peut-on avoir tous les talents, sauf celui de savoir s'en servir? André-la-Poisse se le demande. Lui qui miraculeusement guéri d'un bégaiement est victime d'une malédiction : réussir tout ce qu'il rate. Alors à défaut d'une vie facile , c'est une existence aussi cahotante que trépidante qui s'ouvre à lui.
Avec la fantaise d'E.T.A. Hoffmann, d'un fantastique satirique à la Mikhaïl Boulgakov, Andreï Siniavski malmène son héros en l'affublant d'une tare : la malchance. Dorôlement cruel, le roman transforme, d'une plume acrée, un destin poisseux en leçon de liberté. Outre le bras d'honneur fait à la fatalité. "André-la-Poisse" livre une fiormidable réflexion sur l'écriture, cette arme des persécutés.
L'auteur :
Professeur de littérature en URSS, Andreï Siniavski (1962-1997) publie sous pseudonyme ses premiers textes en France. C'en est trop pour le pouvoir qui le condamne au Goulag en 1966. Ce procès fantoche a une répercution sociale inattendue : il donne naissance à la dissidence en URSS.
Craignant l'influence d'Andreï Siniavski à sa libération en 1972, le KGB le contraint à quitter le pays. En exil en France, Andreï Siniavski continue d'écrire une œuvre d'une inventivité folle.
En guise de préface, son fils, l'écrivain Iegor Gran, rend hommage à la causticité et à la ténacité de son père.
Mon avis :
Chef-d’œuvre ! « André-la-Poisse » sous ses faux airs d’une satire douce-amère, sous l’écorce, signe un récit grave et mélancolique. Je compare « André-la-Poisse » un peu à l’anti-héros : celui « Des amis » de Bove. Prenez soin avant tout, de lire avec la plus grande attention la préface d’Iegor Gran son fils (collaborateur régulier de « Charlie-Hebdo » et écrivain phare des éditions P.O.L) arrivé en France à 10 ans lors de l’exil de ses parents. « André - comme un négatif de l’ignoble petit Tsakhès (ou Zachée ou Zacharie, selon les traditions) personnage principal d’un effrayant récit éponyme d’Ernst Amadeus Hoffmann. Ah Hoffmann ! Mon père vivait une fusion spirituelle avec ce grand-maître du fantastique. » Les signaux sont vifs, empreints de subtilité, pas de côté, emblème de la vie même d’Andreï Siniavski. « André-la-Poisse » est un pied de nez face à l’adversité. Un grand livre, un classique né. André-la-Poisse dès son plus jeune âge est en proie à la malchance. « Dors, mais dors donc ma petite misère. » Ce jeune enfant bégaie, ne grandira pas, il se pense nain. La rencontre métaphorique avec « la fée » Dora Alexandrovna aura raison de son bégaiement. Ce récit caustique, rugueux s’élance d’un seul mouvement vers la lumière. La légèreté, la dérision, cet humour qui balaie toutes les aspérités, les affres et l’acidité d’un récit qui se voudrait noir. Mais c’est la blancheur qui emporte la palme de cette allégorie. Les degrés affirment le changement de cap. On pressent l’urgence d’écriture d’un écrivain blessé dans son âme. Mais si altier si maître que c’est l’histoire qui tire l’as de cœur. Néanmoins : « J’étais accoutumé à la froidure universelle, mais je tâchais de ne pas m’y adonner. » André-la-Poisse cherche son père dans le sombre de sa vie. « Que je fusse la cause des malheurs d’autrui ne me fut pas révélé d’emblée…. D’un premier lit, ma mère avait eu cinq fils, plus brillants les uns que les autres. Moi, le dernier et sixième, je ne connaissais pas de père et vivait à l’écart. » André-la-Poisse se pense responsable de la mort de ses cinq frères. Il faut dire que les circonstances sèment la zizanie et affirment les doutes. Sa seule présence serait-elle néfaste ? On pénètre subrepticement dans une teneur fantastique et ésotérique. « Pourquoi es-tu venu ? Un peu de pitié… Tu en a eu quatre. Cela peut suffire ! Ne touche pas au cinquième. Le dernier. Épargne mes petits. » André-la-Poisse franchit l’entre monde. Ne croyez pas à un malchanceux ordinaire. Au fond de lui émerge le cynisme cher à Diogène, les forces intrinsèques de l’étrange. La parabole révélée qui dénoncent les fatalités. Ce conte interpelle. « André-la-Poisse » est un pamphlet dont les échos contrent nos certitudes. Andreï Siniavski est le marionnettiste d’une histoire, la sienne. Et là, c’est l’émotion qui assigne la beauté du point final. Traduit du russe (Russie) par Louis Martinez. Magistral, culte. Publié par les majeures Éditions du Typhon.