L'émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs. Daniel Fohr Éditions Slatkine & Cie

L'émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs
Daniel Fohr
Éditions Slatkine & Cie
Quatrième de couverture :
9 lecteurs sur 10 sont des lectrices. Les hommes ne lisent plus. Un jour l'espèce aura complètement disparu.
Il y avait le dernier des Mohicans. il y aura le dernier ours blanc. Voici l'histoire du dernier des lecteurs. Un roman-manifeste à faire lire aux hommes avant qu'il ne soit trop tard.
L'auteur :
Auteur de quatre romans, dont le dernier paru chez Slatkine & Cie, Daniel Fohr a été successivement veilleur de nuit, journaliste, professeur d'espagnol et de français au Venezuela, et rédacteur.
Mon avis :
« Je peux vous prédire que, dans trente ans, sinon avant, il y aura autant de lecteurs de littérature qu’il y a aujourd’hui de lecteurs de poésie latine. » Philippe Roth, 2013.
Daniel Fohr déambule au cœur des pages, un pas après l’autre sème les graines littéraires. Prenez et picorez ! « L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs » est un récit qui navigue entre l’essai appuyé (les hommes ne lisent plus) le roman (une satire). L’humour rayonne et triomphe. D’une subtilité hors pair, les gonds grincent parfois. Même pas peur, même pas mal ! Daniel Fohr lance des signaux. Et s’il avait raison ? Urgence, il y a. Voici notre narrateur déguisé en femme, un livre dans la poche, il va dans un parc pour lire. Aurait-il honte d’être le dernier des lecteurs ? Il n’a pas fallu trois générations pour que la courbe des hommes, après avoir croisé dans sa descente celle des femmes, touche l’axe des abscisses et devienne aussi plate qu’une ligne de fréquence cardiaque sur un moniteur débranché. Au triomphant Ecce Homo, succédait un piteux Vale Homo. » Le narrateur dénonce les diktats, le monde évolue, change de camp. « Et c’est ainsi qu’à la veille de la fête des pères apparut sur le marché à grands renforts de publicité… Le livre électronique… Tous les livres du monde à portée de main. » Le livre que l’on saisit, hume, lit devient le dinosaure. Les hommes sont dans l’action, la rapidité, l’éphémère, les films, vidéos, lecture de bandes-dessinées. Les romans dans les oubliettes. La lumière est éteinte. Attention ! sous ses faux airs, ce récit est d’une finesse intuitive sans cliché. Notre narrateur est le dernier homme qui lit. L’heure est grave. Comment relever le défi ? « C’est le sortilège de la littérature de générer des vérités opposées qui ne se contredisent pas, c’était peut-être lui et pas lui, comme le chat quantique de Schrödinger. » Ici, nous sommes dans le champ des possibles encore. « Je l’ai abordé en lui demandant ce qu’il lisait, et s’il s’est contenté de lever le volume devant moi sans me regarder. C’était « Le rayon vert » de Jules Verne. » « C’est une histoire sentimentale il a dit en reposant le livre devant lui, et j’ai eu le sentiment qu’il était surpris qu’on s’intéresse à lui sans sarcasme ni pitié. » Le narrateur (l’auteur) ouvre les tiroirs, sort avec foi le livre ultime. Celui qui se démultipliera. Pour cela, il faut continuer à suivre le fil rouge. « Quand on décide de soustraire la littérature au regard du visiteur, c’est la femme qui lit qu’on déprécie. C’est ce que je pense. » Notre narrateur est gêné. Être le seul lecteur lui semble un défaut d’appréciation de sa propre personne. Mais voilà, il va mener un combat. Ecrire un livre pour les hommes seuls. « La résignation est l’antichambre de la mort, c’est ce que nous apprennent tous les grands romans. » Ce livre est certes une fiction mais elle pointe du doigt là où ça fait mal. Dans notre contemporanéité décalée, à la vitesse de la lumière, seul l’exemple insistant a raison de la rareté. « Je n’ai pas cherché à construire une de ces premières entames magnifiques ou parfaites qui n’avaient empêché aucun lecteur de déserter la littérature. Il n’y avait rien à retirer d’aucun chef-d’œuvre. L’art est toujours une première fois. » « On dit que le merle est le Beethoven des oiseaux. » Daniel Fohr est un lanceur d’alerte. Ce livre est le point d’appui d’une conférence dans un amphithéâtre riche d’étudiants (es) en littérature. « Elle deviendra banale à force d’être montrée pour son caractère étonnant. » A noter : à la page 149 : les incipits préférés du dernier des lecteurs. « Je suis Ubik. Avant que l’univers soit, je suis. J’ai fait les soleils. J’ai fait les mondes. J’ai créé les êtres vivants et les lieux qu’ils habitent ; je les y ai transportés, je les y ai placés. Ils vont où je veux, ils font ce que je dis. Philp K. Dick. « Ubik » » Sésame ouvre-toi ! Eclairant, malicieux, magistral. Publié par les majeures Éditions Slatkine & Cie.