Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'élégancedeslivres
Publicité
25 mars 2021

Inflorescence Raluca Antonescu Éditions la Baconnière

 

Inflorescence par Antonescu

Inflorescence

Raluca Antonescu

Éditions la Baconnière

Merci Lecteurs.com pour l'envoi de ce magistral roman dans le cadre du Cercle livresque.

Inflorescence par Antonescu

Quatrième de couverture :

Jura. 1911. Une femme se désespère d'être à nouveau enceinte. Pour implorer la fin de sa grossesse, elle se rend au Gouffre du diable. A partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée. Raluca Antonescu entrelace quatre générations de femmes qui traversent le siècle.

Lorsqu'il y a plus d'une fleur sur une tige, on parle d'inflorescence. Les protagonistes de ce roman se construisent au sein de leur jardin, chacune à son rythme, en se réappropriant leur vie. L'inflorescence se fait l'expression de la transmission muette entre générations, le jardin un lieu-miroir qui n'appartient qu'à soi et permet la reconstruction.

Jardin ou gouffre, pépinière en Argentine ou plates-bandes ordonnées d'un lotissement Levitt, pollinisation ou pollution : l'auteure observe ce perpétuel balancier.

L'auteure: Née à Bucarest en 1976, Raluca Antonescu est arrivée en Suisse à l'âge de quatre ans. après une formation aux Arts décoratifs et aux Beaux-Arts, elle travaille dans la vidéo et enseigne les arts plastiques.

Inflorescence est son troisième roman après L'inondation (2014) et Sol (2017).

Inflorescence par Antonescu

Mon avis :

« Inflorescence » est le livre de l’arborescence. Un récit au souffle rare, puissant, edelweiss infaillible. Ce chef-d’œuvre est un futur classique. Prenez soin de ce kaléidoscope, hymne aux femmes. Inflorescence, flamboyance, bien au-delà des signes annoncés, la venue du premier bourgeon majuscule d’une trame de haute voltige. « Le Gouffre, Jura 1911 ». Abyssal, craintes et mystères, ce dernier happe les errements des âmes, les pêchés, et les soupirs.

 « Même à bonne distance, elle crut sentir les relents putrides qui remontaient du trou. Cet endroit était malsain. « Le Gouffre du Diable », le nommait les gens, ce n’était pas pour rien. »

 « Le Gouffre du Diable » traverse les époques de ce récit. De l’appel à l’infanticide, charniers d’animaux, militaires inconscients charriant dans le gouffre les armes, les obus. Fin de la guerre, la bête avale tout sans un mot, soumise et silencieuse. L’inflorescence du nauséabond. Attention ! l’histoire est captivante, marée basse et envergure. On peut marcher tranquille, pas de ressacs, mais le sublime d’une nature qui accroche ses flambeaux sur l’apothéose des renaissances. Retenez ces prénoms : Vivian, à Genève, Catherine en Patagonie, Amalia dans La Seine-et-Marne et Aloïse. Femmes entrecroisées dans l’émouvante résurrection verdoyante. Au centre de ce récit, le jardin symbolique dont chacune puisera l’essentialisme sans même se douter un instant de cette chance inouïe. Aloïse petite fille boiteuse, rejetée par son père, la jugeant responsable de la mort de sa mère lors de sa venue au monde. Poulbot abandonné en chemin, pierre en pleine tête. L’inflorescence viendra dans l’heure pleine d’un jardin, et là, on ressent le parfum d’un théologal. Que dire de Vivian, citadine, contemporaine, fragilisée, main cachée et pour cause. Son jardin sera un don. Métaphore, l’éclosion d’une fusion avec son beau-père que l’on aime de toutes nos forces.

« C’est ton jardin qui m’endort, lui dis-je, en m’étirant la nuque. -Merci. C’est un compliment pour le jardin, répond-il en souriant…" « Je suis comme une de ses plantes, une vie immobile qui se laisse agiter par les éléments extérieurs. »

Catherine vit en Patagonie. Elle est le regain des forêts. Planter des arbres, se battre contre la déforestation. Son cheval de bataille, les forêts exutoires.

Amalia réfute toute plante, toute racine et tout microbe. Un corps stérile, lisse et aseptisé. Pourquoi ? Dans les rives de cet écrin bercé de fleurs, l’apothéose de la nature, jardin à bâtir, citadelle et Babel se trouve L’inflorescence des renaissances. Ce majestueux livre dont je verrai bien un film est émouvant, une leçon de vie, brassées d’éternelles. Les sentiments sont des entrelacs, pétales et duvets. Les histoires de vie, tiges dressées, la tête face au ciel, altières et désignées. L’écriture de Raluca Antonescu est essentialiste, profonde et magnifique. Le gouffre, l’encre qui change de couleur. « Inflorescence » est tremblant de sincérité. Prenez soin de Suzie, maîtresse des lieux.

« Tu verras. Ce que je peux te dire, c’est qu’elle est très lumineuse, comme toi. Et elle a trois couleurs… »

Taire les chuchotements, la sève montante, l’intrinsèque. Microcosme d’un jardin initiatique. Une prouesse littéraire hors pair. Magistral. Publié par les majeures Éditions la Baconnière.

 

Publicité
Commentaires
L'élégancedeslivres
Publicité
Archives
Publicité
Publicité