Des diables et des saints Jean-Baptiste Andrea Éditions L'Iconoclaste

Des diables et des saints
Jean-Baptiste Andrea
Éditions l'Iconoclaste
19 €
ISBN : 978-2-37880-174-8
En librairie

En lice pour le Prix Relay des voyageurs lecteurs 2021 et c'est une grande chance.
Merci Au Prix Relay des voyageurs lecteurs pour l'envoi de ce écrin ainsi que l'agence Pressforyou et Lorraine.

Mon avis :
« Vous jouez comme ces pianistes qui enchantent le monde dans de grandes salles pourpres. Mais vous, vous n’enchantez que du goudron mouillé et des feutres trempés. »
Joseph est dans une gare, jouant du piano aux mille mains. Virtuose, ses lieux sont d’errance et d’attente.
« Des diables et des saints »de Jean-Baptiste Andrea est un roman douloureux, le tremblant de l’endurance. Espérer subrepticement l’ombre et son fantôme. L’écriture est inouïe, perce-neige, la vie et ses drames incommensurables. Joseph : n’oubliez pas ce prénom. L’adolescent dont,
La jeunesse se termina à 18h14, le 2 mai 1969, dans une polka de flammes et de vent de travers. »
Lui, le rêveur, le fils d’un grand industriel, une sœur, une mère fille unique. L’irrévocable advenu, orphelin, d’un foyer d’accueil à un autre, Joseph franchit l’orphelinat des Confins. Cadenas. L’ambiance grise, les traits tirés, les cernes sous les yeux, la débrouillardise de ces orphelins est l’hymne d’une solidarité éclatante. Joseph est ciblé par l’abbé Armand Sénac. Il est sommé de travailler pour lui dans son bureau afin de retranscrire du courrier. Le vice aux abois : il y un piano et il ne peut en jouer. Ce sera le premier coup bas de cet abbé empreint de perversion. Comment va se passer le huis-clos ? On ressent l’austérité d’une religiosité déplacée. L’abbé Sénac est malsain et sadique. Que dire des plus petits dont ceux de 5 ans à peine, genoux écorchés au fronton d’une maltraitance. Joseph puise en lui les rappels de son maître musicologue Ruthenberg. La musique est théologale, le drap frais lissé d’une blancheur virginale dont il imagine l’immensité. Rose la belle, l’inaccessible, celle de l’autre côté de la paroi de verre. Que dire de Grenouille le surveillant, le diable en puissance.
L’étau se resserre sur le jeune garçon, liane dévoreuse. Assigné au lit n°54, les courants d’air sont lois. Les écorchures vives et les larmes de rancœur. La musique n’est plus. Les doigts repliés, souffrances abyssales. Rothenberg est dans le passé, la page déchirée, les gammes agonisantes. Les leçons ne sont plus. Les paraboles échappées, le silence règne. Joseph puise dans les sons enfouis en lui les forces altières. Les paroles symboliques de Rothenberg resurgissent.
« Rejoue. Et surveille la position de tes mains, bon sang. Comme si tu tenais des oranges. -Je n’y arrive pas, monsieur Rothenberg. J’ai les mains qui tremblent. -Enfin, répondit mon vieux maître ».
L’orphelinat est le lieu des perditions, des faux-semblants jetés en pâture aux visiteurs qui œuvrent par des dons pour ce dernier. Nous sommes dans un microcosme où l’enfance a perdu ses ailes. L’apprentissage de la vie derrière des barreaux. Et pourtant ! la camaraderie règne. Haut les cœurs !
« Ils étaient durs, ils étaient drôles, ils étaient sans victoires. Mes amis. Les soirs de tristesse, les soirs de vin aigre, je pense encore à eux. »
« Des diables et des saints » est l’hommage au maître Ruthenberg. Le piano universel, Rose la quête, la force des vents contraires, l’amitié fédératrice, à la vie à la mort.
« Des diables et des saints » est magistral. Tant corbeau que colombe, tant prison qu’espace.
« Mes pianos à New-york, Moscou, Londres, Valparaiso. »
L’écriture est miraculeuse. Ce livre est dédié aux gavroches du monde entier, aux orphelins des lumières. Il est le courage des résistances. Un livre pluie et soleil, initiatique. Publié par les Éditions L’Iconoclaste. En lice pour le prix Relay des Voyageurs Lecteurs 2021, c’est une grande chance.