Quinzinzinzili Régis Messac Préface d'Éric Dussert Éditions de L'Arbre Vengeur

Quinzinzinzili
Régis Messac
Préface d'Éric Dussert
Éditions de l'Arbre Vengeur
En librairie

Merci beaucoup aux éditions de L'arbre Vengeur pour l'envoi de ce magistral et stupéfiant roman de science-fiction.

Mon avis :
Intemporel, la pierre angulaire d’une littérature hors pair « Quinzinzinzili » est précieux. Régis Messac est un visionnaire, pacifique et révolutionnaire côté ville. Aguerri, le regard perçant sur l’humanité, son récit rayonne de prouesse et de haute intelligence. On ne sort pas indemne d’une telle lecture et c’est tant mieux.
Écrit en 1935, cinq ans avant la deuxième guerre mondiale, post-apocalyptique digne et maître de la collection des « Hypermondes ».
Éric Dussert délivre une préface éclairante et perfectionniste. « Quinzinzinzili « est le chef-d’œuvre inattendu qu’un esprit prospectif seul pouvait engendrer. Si son souhait profond était de changer le monde, on a surtout porté à son crédit une énorme thèse sur les origines du roman policier. Une thèse fondamentale, un point de départ qui le classe au rang de précurseur dans l’étude du polar. Auteur anonyme du « Voyage de Néania » (1926) il poursuit sur la voie de la science-fiction et des utopies, refuge des rêveurs absolus ».
« Moi, Gérard Dumaurier ».
Écoutez voir cet homme qui narre ce qui fût d’un monde fable caustique. Le roman se scinde en deux parties. La première, un peu, beaucoup notre terre. Géopolitique, intuitive, résolument signifiante. La guerre éclate avec ses épreuves et ses folies. Deux nations : Le Japon et l’Allemagne alliées, affrontent les Américains aidés des soviétiques. Les Japonais inventent un gaz hilarant.(On ressent un malaise tant ce texte est résurgence). Les Allemands vont se servir de cette arme destructrice. Effet dominos, « des cyclones d’une vitesse et d’une violence inouïes parcoururent les océans, déterminant des raz de marées égaux en ampleur à ceux des époques géologiques… Il me reste à expliquer par suite de quelle ironie cosmique j’ai survécu, seul en Europe, sans doute, avec un groupe d’enfants. »
« Quinzinzinzili » se resserre. La mise en abîme de l’apocalypse et de toute l’idiosyncrasie psychologique et mentale prend place.
« J’étais précepteur des enfants de Lord Clendennis ». Dumaurier est alors en Lozère avec ces derniers Ratbert et Charles dont l’un est tuberculeux. Ils vont avec un guide et une trentaine d’enfants en convalescence visiter une grotte. « Le jour fameux , le jour de colère », où tout vacille. Vagues intestines, les affres s’abattent sur les rochers, rien ne résiste, noria noire, la civilisation est engloutie. Le néant, le silence oppressant et glaçant. Dumaurier seul résiste, survivance. Avec cette poignée de poulbots jetés en pâture dans cette sauvagerie humaine. Il surpasse cette micro-société, observe ces gosses orphelins , l’autarcie périlleuse, dévorante et irrévocable. Cynique, voire nihiliste, il surveille cette petite fourmilière prendre appui dans l’adversité. Tout change et se déplace. Nous sommes dans le criant d’un avertissement prémonitoire pour notre propre civilisation. Les enfants vont instaurer des codes. Parler avec le nez, sons graves et incompréhensibles. La bestialité de l’an un du jour où l’ère retourne à ses premiers balbutiements. Sauf qu’ici mystérieusement, les enfants n’ont pas de souvenirs. Ils vont se modeler dans cette austérité sans rien d’autre que des taupes grillées, la sauvagerie et les gestuelles agressives et primaires. Un genre humain se réinvente. D’un pessimisme exacerbé, le récit implacable dévore le plausible. Nous sommes dans la décadence. Seul le cycle de la vie semble déjouer les pronostics. Comme si sans aucune civilisation résistait le ciel et la terre. L’épure en quelque sorte. Cette communauté d’enfants qui vont grandir avec une seule fille perdent l’Histoire et ses accroches. L’amour ne sera pas. Les approches sont, dans cette sexualité, incomprises et à peine assumées. Ils sont pour Dumaurier le symbole de la déchéance. « Ça une civilisation ? Non, j’aime mieux croire que je suis fou. » Le temps s’efface, les années passent. Crescendo, Quinzinzinzili. Quel est ce nom ? Et pourquoi ? Lisez la page 87 attentivement. Ici, le vestige de ce qui aurait pu être le souverain et ce mot incantatoire, totem, ne se dévoile que pour le lecteur qui prend le récit à bras le corps. Retenir de ce Grand livre, la capacité d’un auteur qui bouscule notre civilisation et lance des signaux à la face de notre monde arrogant. Il y a ici des similitudes avec Malevil de Robert Merle (le livre qui m’a fait aimer lire). Des notes d’outre-tombe et cet entre-monde grotte matrice n’est autre que la finitude d’un avant et d’un présent. Nous avons sauté à pieds joints dans ce qui va arriver un jour certain. Pas maintenant, pas tout de suite. Ne craignez pas le crissant, la majestueuse trame est œuvre. Prenez soin du poème des éditeurs en fin de page. Si vous doutez encore, ce livre ne disparaîtra jamais. Il vous attend. Publié par les majeures éditions de l’Arbre Vengeur.