Témoin de rien Tom Noti Éditions La Trace

Témoin de rien
Tom Noti
Éditions La Trace
En librairie
Merci beaucoup aux Éditions La Trace pour l'envoi de ce roman et Tom Noti mille mercis pour la belle dédicace.
Mon avis :
Émouvant et olympien, dans cette orée générationnelle, « Témoin de rien » est un livre altier, au beau regard, humble et de loin une histoire qui parlera à beaucoup.
L’écriture est à l’instar de petits cailloux semés dans le cheminement de cette mise en abîme. Malgré les turbulences qui vont enfler dans un crescendo, on ressent une douceur de ton appliquée, des protagonistes, nos semblables.
Les images d’un temps accrochées dans un filigrane qui serre le cœur et dont les sentiments sont du linge que l’on frappe dans un lavoir, dont l’eau glacé ravive l’intrinsèque. « Témoin de rien » est un chien anthropomorphique. Personnage à part entière, c’est lui qui rassemble l’épars. Il écoute, vif, et attentif. Personne ne se doute de ses capacités. Il ressent les fracassements, les turpitudes et les volets qui claquent de par le vent implacable.
Ce récit cercle familial, deux familles que tout oppose, l’après-guerre crépusculaire. Deux sœurs, une dans chacune des maisons quasi jumelles. Elles sont siamoises et solidaires malgré les affres qui s’affolent. Sur le terrain offert par leur père, chacune des maisons est un habitacle. Le blanc et le noir, les violences conjugales pour l’une, la pauvreté et les drames.
Ce livre est à l’instar d’un feu de cheminée. Soit de braises et de cendres, soit dans cette magnificence d’un feu de la St Jean. Les femmes, ici, sont la cartographie d’une époque. Les silences lourds et oppressants, les non-dits, les coups et les soumissions. L’entraide gémellaire, Gaétane et Jeanne dont les regards percent au travers des murs. Tout se sait mais la parole est close. Armure et secret.
Douloureux et grave, profond et sublime d’émotions, malgré les pluies qui se risquent dans le contre-jour, le devoir de mémoire accroche les évènements sur le tableau manichéen de la vie. Tom Noti est au centre du roman, il fige le temps et c’est beau.
Ici, c’est la rusticité des épreuves, les sanglots longs et tristes des femmes mutiques et sourdes.
L’alliance d’une féminité soudée dans les adversités, à l’instar d’un cœur qui bat en diapason des douleurs infinies.
Le chien narrateur-observateur, témoin de ce rien, mais qui bouleverse tout.
Ce livre est la vie même.
L’important de « Témoin de rien » est sa générosité. On ressent un écrivain attentif au monde, aux gens, aux belles personnes. Ce roman est une pierre après l’autre. Bâtir une histoire qui attise notre regard et dont les relations humaines sont le papier calque de nous-mêmes en quelque part. Chacun trouvera son propre secret et les pavloviens souvenirs , les labyrinthes de nos consciences. Nos défauts et qualités et bien au-delà la vision d’un aîné qui était le patriarche d’une famille éclatée en mille morceaux.
« Quand plus personne ne s’inquiète
L’homme que l’on croyait endormi
Frappe avec sa tête. » Daniel Balavoine.
Haut les cœurs !
Publié par les majeures Éditions La Trace .