Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver
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Le joli-bois
Sujee Godard
Éditions Double Ponctuation
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« J’avais 2 ans lorsqu’on m’a déposée dans cette famille qui n’était pas la mienne. »
« Livrée comme un colis. »
« Le joli-bois » est crépusculaire.
La supériorité des confidences est la sororité de cette autofiction dont Sujee Godard est le reflet.
Le mérite d’entrouvrir la porte doucement.
Laisser les rais d’une existence meurtrie dans sa chair œuvrer aux dires.
Sujee Godard marche dans la canopée des rémanences.
Une petite fille accueillie chez Anne et Henry Hosberg : une enfant de la D.A.S.S.
Le récit est sans pathos, ni plaintes.
Les faits flottent à la surface d’une petite existence déjà muselée par les faillites des grandes personnes.
Noah, dont nous découvrons le prénom à la page 48, est la narratrice, qui élève la trame, dans sa dimension la plus tragique et lucide.
Le recul nécessaire pour laisser l’écriture œuvrer en vérité.
Une nage à contre-courant.
Elle est ici, grandissante au fil des pages.
Dans une campagne sereine et consolante.
Entourée de Yanis, un petit garçon afghan âgé de 4 ans et Leila âgée de 6 ans.
Yanis est rejeté. Le racisme latent. Le bouc-émissaire, l’exutoire de haine.
Les coups pleuvent. Le sadisme sournois, et les grosses colères dédiées à sa peau frêle et la fragilité des vulnérabilités.
« Quand on est un enfant, on pense que la déviance vient de nous. »
La petite se faufile entre les peurs et les sursauts.
Son grand-frère de cœur, battu sans relâche.
Elle ne le défend pas. Elle protège sa peau.
Mais elle acte une solidarité silencieuse.
Tous les deux explorent la forêt.
Cet espace sylvestre et apaisant pour leurs petits cœurs.
Le joli-bois et l’excellence d’une tendresse qui perce les feuillages.
D’ombre et de lumière, le récit rassemble les dualités.
Autant, ils ne manquent de rien, autant l’antre est cabossée.
Ils ont tous les deux manqué d’amour, de dialogues, ils ne savent pas parler.
Ils ne connaissent que le silence et la dureté.
La violence perpétuelle.
Entre les gouttes Anne est une presque mère pour Noah. Elles confectionnent des gâteaux et Anne lui fait des confidences.
Mais Yanis décide de partir le jour de ses dix-huit ans.
Synonyme de liberté et les juges n’ont alors plus la main sur son enfance.
Paris s’élève. Retrouver son père. Son âge est le sésame devenu.
Noah est seule et désarmée sans son frère. Abandonnée dans cette concorde dont la flamme se meurt.
Ses élans foudroyés.
La maison a des poses. Des respirations douces. Noah prend ses marques entre les écueils.
« Je grandis avec une mauvaise définition de l’amour. »
« Je continue de me rendre dans le joli-bois, seule, sans mon acolyte. »
Noah démonte les mécanismes implacables d’une enfance qui a connu le sacrifice de l’amour. Dans les interstices, le calme olympien d’Anne et de ses quelques confidences.
Comment se construire après une enfance avec des cernes sous les yeux ?
« Le joli-bois » est l’effusion d’une œuvre nécessaire qui témoigne entre sa densité psychique et ses résonances, l’héritage de l’enfance sans issue de secours.
La dignité d’en sortir vivant.
Le fronton de la parole vraie.
Publié par les majeures Éditions Double Ponctuation.
E. L.
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Coco Express
Vicente Ulive-Schnell
Éditions Intervalles
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Fascinant, vif, mené d’une main de maître.
« Coco Express » est un roman noir, serré comme un café fort.
Surdoué, contemporain, c’est un lever de rideau brillant, où Le Venezuela prend place avec force et vigueur.
En 2014, à Caracas, sous l’ère de Nicolás Maduro.
Un régime quasi totalitaire, qui met le peuple à rude épreuve.Les manifestations s’élèvent et enflent. Le pays est à feu et à sang.
Les oppressions sont rudes et les manifestants sont violemment réprimés.
On ressent une atmosphère lourde d’un pays ployé sous les affres.
La réalité sociale est dépeinte avec l’observation érudite de Vicente Ulive-Schnell, franco-vénézuélien.
Le roman frôle un essai géopolitique.
Sous couvert de protagonistes emblématiques et fictifs, dans un récit aux moult connaissances.
L’heure belle et certifiée de lire un thriller engagé et analytique.
La critique objective d’un pays où les corruptions sont monnaie courante, depuis la dictature d’Hugo Chavez.
L’idiosyncrasie est dépeinte dans une trame dont l’oralité et la polyphonie font sens.
On pourrait annoter de nombreux passages, tant la culture de Vicente Ulive-Schnell est immense.
Nous retrouvons avec délice Enrique Dávila, un détective privé, personnage du précédent roman « Les Poissons de Caracas ».
Iker Castellanos, un journaliste espagnol et Claudia une journaliste locale qui connaît sur le bout des doigts les us et coutumes du Venezuela.
Ce trio va mener avec fièvre, une enquête sur un réseau de trafic de drogue.
Le style journalistique est source de savoirs.
« Les cellules du commissariat, ça va encore, c’est la vraie prison qui fait peur. C’est là que tu as de groooos problèmes. Parce qu’il y a les pranes. Tu connais pas les pranes ? Ce sont eux qui contrôlent la prison. Et il faut leur donner de l’argent, et tout est cher là-dedans….Si tu paies, ils te protègent des mauvaises personnes. Parce que là-dedans, il y a de très, très mauvais gars. Les vrais méchants. Je ne veux pas aller en prison. »
« Henry López Cisco avait été le commissaire de police du renseignement à l’origine des massacres les plus tristement célèbres de la fin du XXe siècle.
Les corps s’entassaient derrière cet agent moustachu et gros buveur dès 1982, quatre-vingt trois personnes avaient été assassinées et enterrées dans des fosses communes à Cantaura. »
Magnétique, dans cette supériorité de lire une histoire entraînante qui, dans ses mouvements, donne cette dimension lucide d’un pays dans ses moindres recoins et tragédies.
Les Cartels de drogue, véritables tentacules.
Le roman explose dans ses vérités.
« Coco Express », un système rodé, sous une couverture d’agences de voyages, la puissance mafieuse.
Vertigineux, dans une orée sociologique et géopolitique, ce récit est doté d’une double lecture.
Un roman policier et l’apothéose d’un triptyque qui pointe du doigt là où ça fait mal.
Une conférence à ciel ouvert qui rassemble l’épars. Érudite et finement politique, ici, Vicente Ulive-Schnell dévoile la vulnérabilité d’un pays piégé par ce qu’il y a de plus vil.
Brillant, ce livre est un outil pour les étudiants (es).
L’auteur a aussi produit et réalisé des courts métrages primés en Europe.
Tant le style est filmique, résolument moderne et captivant.
« Coco Express » est stimulant d’intelligence.
Le regard juste et subversif.
Savoureux et nécessaire.
Publié par les majeures Éditions Intervalles.
E. L.
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Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle
Beyrouk
Éditions Elyzad
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Ce serait un conte, une histoire vraie, une contrée extraordinaire.
Une histoire qui rend vivant, qui touche au coeur, auprès d'un arbre silencieux.
La prodigalité, une force nouvelle.
Le charme de lire, ce que la sagesse exprime de plus noble.
« Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle. », à l'heure de la sieste, dans un village endormi, il est venu.
Un astre de lumière, le vent chaud d'aujourd'hui, les bruissements du désert, dans ce qui transperce l'ordinaire.
Il est ici.
Un grand caftan usé, que l'on imagine blanc. Les pieds nus, sur les brûlures du sable chaud. La pauvreté exacerbée.
Les villageois condamnés aux sacrifices.
Les petits qui meurent trop vite.
Pas une goutte d'eau.
La présence de cet homme accentue les peurs.
L'étrange (er), le mystérieux, un homme original dit vieux fou.
Le présage de l'impermanence, de l'imprévisibilité.
Sous un acacia, le dos appuyé, à l'instar d'un arc prêt à se tendre de l'intérieur.
La litanie incompréhensible, les sons qui élèvent les oiseaux dans une noria magique et intrinsèque.
Le chef du village prévient les autorités.
Pourtant ses paroles inaudibles ne jettent aucun sortilège.
Il est figé, spectral, et abandonné, sans aptitude aux fébrilités du mal.
« À l'aube il allait parfois dans la montagne. On le vit tous les jours suivants s'atteler à délimiter son royaume. »
Le visage solennel, ce vieux fou, serait selon les superstitions des villageois sous protection divine.
Le conte envoûtant exhausse une grâce sensible et indépassable.
D'une voix douce, son aura perce les pages.
Une litanie dont le ciel échange la tombée du jour.
Que cette histoire perdure !
Ce vieux fou, dont la petite fille qui n'était pas belle, s‘approche dans la gloire d'une spontanéité riche de perspectives.
« Il ne dit rien d'abord. Il la fixa longuement, de ses yeux vitreux, puis une couleur nouvelle apparut sur son visage qui sembla revivre. »
« Elle lui fit un sourire pour l'encourager. »
« -Je ne vois pas beaucoup les autres.
- Pourquoi ?
-Pour ne pas beaucoup voir.
- Mais moi, tu me vois ?
- Oui, je vois une belle petite fille.
- Tout le monde dit que je ne suis pas belle, même ma mère.
- LES GENS NE SAVENT PAS. »
Dans un rituel pavlovien, chaque jour est un pas de danse.
On ne sait qui de l'enfant ou du vieil homme renaît dans cette polyphonie amicale.
C'est le miracle de la connaissance et du lien.
Petite fille rejetée par les autres enfants.
Étrange, elle aussi.
Ils nomment l'invisible. La beauté de la confiance.
Ce vieux fou au passé sans hérédités est mystérieux.
Il semble fuir les voix éraillées de sa mémoire.
Cet homme dont la dignité est cette acuité joyeuse et apaisée avec Aya.
« Une fois elle lui demanda :
- Pourquoi es-tu venu là ?
- Je ne savais pas, mais maintenant je sais : c'était pour te rencontrer. »
La narration est pure, pudique et honorable.
Ce conte qui éclate de magnanimité, est le charme des possibles.
Les myriades d'une camaraderie qui sait composer avec la vérité.
Beyrouk compose un édifice de bonté.
On ressent les fragilités d'un monde qui a du mal avec l'innocence et la grandeur.
Ce conte philosophique sème des graines pour les oiseaux affamés.
L'heure belle de saisir à pleine brassées le regain d'un livre qui vous change à jamais.
Inestimable.
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Le Club des femmes mariées
Mubanga Kalimamukwento
Traduit de l'anglais (Zambie) par Benoîte Dauvergne
Éditions de L'Aube
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« C’est le bras résistant que l’on tord » Proverbe Bemba.
« Le Club des femmes mariées » est engagé, intuitif.
Un tour de force !
Le titre pourrait faire penser à ce genre de roman d’évasion.
Nous en sommes très loin.
Le style est réfléchi, posé et nous met en position d’écouter Mubanga Kalimamukwento, qui conte par la voix de trois femmes, Sali, sa mère et sa fille.
La Zambie lève son voile subrepticement.
Ce pays d’Afrique australe, où les traditions, les coutumes et le joug des hommes sont puissants.
Le féminisme a dû mal à se frayer un chemin.
Nulle femme ne peut pleinement s’émanciper sans ressentir les ombres implacables et sournoises d’un patriarcat indestructible.
Sali, que nous suivons des yeux de sa jeunesse, jusqu’à son procès, est une jeune femme brillante, intelligente et douée de culture et de finesse.
On aime d’emblée ce portrait très contemporain qui semble sous la plume d’une autrice avocate zambienne, un emblème.
Le témoin ravagé d’un pays qui condamne un crime à la peine de mort minimale obligatoire et ce jusqu’en décembre 2022.
Sali a tué son mari.
Fille de pasteur, elle est la représentation de la femme, dont la première obligation est de se marier.
Sous les coups constants d’un mari violent, elle, promise à un bel avenir, promise à vivre libre, sa jeunesse est foudroyée.
Le roman tiré au cordeau est sociologique, vif et finement politique.
Chacun des chapitres, apporte sa sentence, sa loi ou un avertissement suprême.
Le récit est alors traversé à voix haute, dans une clarté de ton aérienne.
« Mère, porte-moi sur ton dos ; un jour, je te porterai sur le mien. »
Proverbe Bemba.
Sali, l’amoureuse d’un homme marié, cardiologue qui va brutalement mourir.
Sali qui va se marier, dans cet après, avec l’autre versant.
Le noir, après ce fleuve de lumière et d’amour.
Cette autre solitude, sous les brimades d’un mari, où il n’existe aucun antidote face à cette violence.
Le jugement est matière à réflexion.
« Le Club des femmes mariées » est un cercle aux moult mécanismes implacables.
Ce livre précieux et minutieux est stimulant par sa richesse et sa droiture.
De la justice, aux sentiments, aux vies arrachées des jachères fleuries.
L’épreuve d’être une femme dans une société viscéralement pétrie de conformisme.
Ce roman dresse un tableau surdoué des combats intérieurs.
C’est un livre brillant et poignant.
Le statut marital qui broie la liberté.
« Les jours de malchance même les aliments froids nous brûlent. »
Proverbe Bemba.
C’est un choc lancinant.
Le prisme culturel de la Zambie.
Sali, bouleversante et digne, vertigineuse d’humilité.
Son regard contemporain, parle pour toutes. Même nous.
L’urgence d’un récit nécessaire.
Traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne.
« Une calebasse de bière révèle bien des choses cachées. »
Proverbe Bemba.
Publié par les majeures Éditions de l’Aube.
E. L.
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Promenades à la rivière
Renaud de Putter & Guy Bordin
Éditions Le livre en papier
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« L’aventure, comme le désir, n’a besoin de nul chemin, mais elle peut passer une nuit ou deux dans un bungalow isolé du Caucase. »
Préface de Jay Cruikshank.
« Promenades à la rivière », « La clé dans le ciel », « Le garçon sur fond bleu. »
Deux nouvelles qui s’emboîtent telles des poupées gigognes.
L’orée géorgienne lève son voile et tout prend place.
Dans l’apothéose des écritures lianes où s’emmêle le charme de la douceur et la grâce picturale.
Renaud de Putter envoûte son auditoire avec « La clé dans le ciel. »
Plasticien et auteur, les mots deviennent des entrelacs où la promenade à la rivière est poétique et finement politique.
« Aie, des Russes... »
L’antre visitée par un intrus, un dessin d’homme nu disparu que Shota a appelé « Funérailles ».
La nouvelle est charnelle, sensuelle, olympienne.
Dans ce Caucase, où un courait d’air métaphorique, entrouvre la porte.
La clé dans le ciel et la beauté d’une partition amoureuse.
« Un garçon de dos, penché vers l’avant, sur fond bleu. »
Guy Bordin, ethnologue et romancier, nous emmène dans les tréfonds de l’âme humaine.
Dans une mystique qui n’a de nom que la sublime écriture ; ce triptyque de garçons où le désir est magnétique.
La rivière, cette métaphore dont les auteurs nomment le pouvoir spéculatif.
Les corps, tels des chorégraphies où les traits et les formes sont hypnotiques et désirables.
Un chant doux, le passage du gué.
La pulsion d’une littérature irrésistible.
« Le garçon sur fond bleu », jusqu’en nos regards.
Et c’est beau et vivifiant. L’épure des possibles.
Publié par les Éditions Le Livre en papier.
E.L.
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Bienvenue à Faubourg Bienveillant
Luc Fivet
Éditions Le Ver à Soie
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C’est le roman qu’on a tous envie de trouver.
Un livre qui capture l’esprit de notre époque.
Une œuvre de fiction qui dépeint avec brio, une réalité sociale.
Un presque manifeste. L’altitude d’un roman vertigineux d’intelligence.
« Bienvenue à Faubourg Bienveillant », l’incarnation brillante d’un roman subversif qui enrobe un village qui semble magique, accueillant, fraternel.
Un peu comme le village où Pinocchio a fait son premier pas de côté.
Isabelle et Arthur sont ensemble depuis vingt cinq ans.
Parisiens, dans un appartement de 50 m². Ils décident de déménager.
Se recentrer sur l’essentiel, apprécier et profiter de la quiétude d’un lieu dont le nom est une métaphore de concorde.
L’agent immobilier leur présente les vendeurs.
« - Et les gens sont tellement commença l’homme.
- Oui, tellement... fit la femme en regardant ailleurs. »
On a l’impression d’une scène douce-amère qui va enfler crescendo.
Quel est donc ce Faubourg Bienveillant ?
Lire attentivement la notice d’utilisation !
Ce village cache son jeu.
Que va-t-il donc se passer ?
Penser que les majuscules significatives et insistantes F.B : Facebook.
D’aucuns semblent sous un prisme sournois.
Cette voisine qui, dans un rythme pavlovien leur présente chaque jour ses petits plats.
Le voisin qui lève le pouce à chaque fois qu’ils franchissent la barrière.
Le village semble de faux-semblants, un masque mesquin, l’arbre que cache la forêt.
Un roman cinglant, cynique et profondément politique.
Luc Fivet dresse avec finesse et malice, un tableau sociétal dont la caricature est le double cornélien des réseaux sociaux.
Une traversée dans les tréfonds machiavéliques et trompeurs d’un village dont l’effigie est virtuelle.
Arthur Komer devient photographe. Il fige les lieux sombres, telle cette usine endormie. La réalité de notre contemporanéité.
Cette file de migrants qui passe, triste et anéantie. Cette image l’obsède. Il n’a pas eu le temps de prendre la photo. Trop de sidération en lui.
Faubourg Bienveillant qui semble à mille mille des errances de notre monde et des migrants.
Isabelle fédère les liens avec les Faubouriens.
Elle est dans la joie du renouveau. Elle ne sait pas.
Lui, fige l’évidence des tragédies.
Jusqu’au jour où ils recueillent des migrants.
Isabelle et Arthur sont dans la bienveillance.
Dans ce Faubourg où ils font acte d’humanité.
C’est sans compter sur les habitants hostiles, racistes voire plus.
Et là, nous sommes dans les mécanismes implacables du rejet de l’autre.
Ils sont compris ce qui se passe dans ce décor paradisiaque.
Le cauchemar du délitement de la fraternité.
C’est un roman engagé, politique, sociétal, poignant tant il révèle les parts d’ombres et de trahisons.
Audacieux, élégant dans sa maîtrise, « Bienvenue à Faubourg bienveillant » est une satire qui pointe du doigt là ou ça fait mal.
Apprendre à toujours se méfier. Tel l’adage de Prosper Mérimée.
L’intemporalité d’une œuvre d’avant-garde.
Luc Fivet est dans le charme d’une narration impertinente qui froisse et remet d’équerre les préjugés et les complots.
Publié par les majeures Éditions Le Ver à Soie.
E.L.
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Léna
Mylène Jampanoï & Samuel Massilia
Éditions Sixième (s)
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« Léna » est une chorégraphie à quatre mains tirée au cordeau.
On ne sait qui de Mylène Jampanoï ou de Samuel Massilia est le vertige d’une écriture virtuose.
Léna, cette enfant aux mille conséquences qui auraient pu travestir sa destinée.
Lili, sa mère, « qui n’a jamais été une maman mais une femme au travail. »
« Léna a touché la solitude à son extrême. »
Son père, Khiem Phan-Kong l’ogre dévorant qui lui faisait peur la nuit, et dont l’incipit précise qu’il a tenté de tuer sa fille une nuit d’hiver 1983.
Ses rôdes malsaines dans la nuit de l’immensité du mal.
Dans le frôlement des grands dangers, pour la fillette, un assassin qui s’est ensuite échappé au Canada.
Seule avec Liliane (Lili), une mère dévorée par l’alcool, la chute d’Icare.
Elle, au poste prestigieux, talons aiguilles, belle et capable d’élever son enfant.
Jusqu’à la violence d’une descente aux enfers.
La petite cherche sa place, grandissante et brillante, intuitive et observatrice.
La cité du Pont de l’Arc à Aix, la dignité malgré toutes les épreuves.
Pauvres et tristes, elles sont soudées et Léna compose une adolescence où elle entame les expériences risquées.
« Elle devient une petite femme dans l’espace d’un été et lorsqu’elle donne son âge on ne la croit jamais. »
« La métisse bâtarde est devenue du jour au lendemain la jolie Eurasienne de l’école. »
Léna a cette capacité d’intelligence stupéfiante.
Elle est lucide et aussi belle que secrète.
« Elle avait dans le regard une énergie d’urgence, une façon de s’imposer comme si elle jouait sa vie à chaque seconde. »
Léna, l’authentique jeune femme devenue.
L’as de cœur, initiée par un homme riche et très intelligent.
Elle réfute l’œuvre du mal et entend le mot silencieux, sortir de cette enfance.
Le destin pour liberté. Nous sommes nos choix, tel est l’adage de ce roman tremblant de pluie.
L’aurore boréale pour un lendemain qu’elle seule désigne être son sauveur.
Léna et la traversée du miroir, dans une procession où les guerres intérieures deviennent le viatique de la vie.
La voûte où s’inscrit son chemin devenu.
Brillant.
Publié par les majeures Éditions Sixième (s).
E.L.
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Crédit photo : 2 et 3 Mylène Jampanoï & Samuel Massilia