Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver
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Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle
Beyrouk
Éditions Elyzad
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Ce serait un conte, une histoire vraie, une contrée extraordinaire.
Une histoire qui rend vivant, qui touche au coeur, auprès d'un arbre silencieux.
La prodigalité, une force nouvelle.
Le charme de lire, ce que la sagesse exprime de plus noble.
« Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle. », à l'heure de la sieste, dans un village endormi, il est venu.
Un astre de lumière, le vent chaud d'aujourd'hui, les bruissements du désert, dans ce qui transperce l'ordinaire.
Il est ici.
Un grand caftan usé, que l'on imagine blanc. Les pieds nus, sur les brûlures du sable chaud. La pauvreté exacerbée.
Les villageois condamnés aux sacrifices.
Les petits qui meurent trop vite.
Pas une goutte d'eau.
La présence de cet homme accentue les peurs.
L'étrange (er), le mystérieux, un homme original dit vieux fou.
Le présage de l'impermanence, de l'imprévisibilité.
Sous un acacia, le dos appuyé, à l'instar d'un arc prêt à se tendre de l'intérieur.
La litanie incompréhensible, les sons qui élèvent les oiseaux dans une noria magique et intrinsèque.
Le chef du village prévient les autorités.
Pourtant ses paroles inaudibles ne jettent aucun sortilège.
Il est figé, spectral, et abandonné, sans aptitude aux fébrilités du mal.
« À l'aube il allait parfois dans la montagne. On le vit tous les jours suivants s'atteler à délimiter son royaume. »
Le visage solennel, ce vieux fou, serait selon les superstitions des villageois sous protection divine.
Le conte envoûtant exhausse une grâce sensible et indépassable.
D'une voix douce, son aura perce les pages.
Une litanie dont le ciel échange la tombée du jour.
Que cette histoire perdure !
Ce vieux fou, dont la petite fille qui n'était pas belle, s‘approche dans la gloire d'une spontanéité riche de perspectives.
« Il ne dit rien d'abord. Il la fixa longuement, de ses yeux vitreux, puis une couleur nouvelle apparut sur son visage qui sembla revivre. »
« Elle lui fit un sourire pour l'encourager. »
« -Je ne vois pas beaucoup les autres.
- Pourquoi ?
-Pour ne pas beaucoup voir.
- Mais moi, tu me vois ?
- Oui, je vois une belle petite fille.
- Tout le monde dit que je ne suis pas belle, même ma mère.
- LES GENS NE SAVENT PAS. »
Dans un rituel pavlovien, chaque jour est un pas de danse.
On ne sait qui de l'enfant ou du vieil homme renaît dans cette polyphonie amicale.
C'est le miracle de la connaissance et du lien.
Petite fille rejetée par les autres enfants.
Étrange, elle aussi.
Ils nomment l'invisible. La beauté de la confiance.
Ce vieux fou au passé sans hérédités est mystérieux.
Il semble fuir les voix éraillées de sa mémoire.
Cet homme dont la dignité est cette acuité joyeuse et apaisée avec Aya.
« Une fois elle lui demanda :
- Pourquoi es-tu venu là ?
- Je ne savais pas, mais maintenant je sais : c'était pour te rencontrer. »
La narration est pure, pudique et honorable.
Ce conte qui éclate de magnanimité, est le charme des possibles.
Les myriades d'une camaraderie qui sait composer avec la vérité.
Beyrouk compose un édifice de bonté.
On ressent les fragilités d'un monde qui a du mal avec l'innocence et la grandeur.
Ce conte philosophique sème des graines pour les oiseaux affamés.
L'heure belle de saisir à pleine brassées le regain d'un livre qui vous change à jamais.
Inestimable.
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Le Club des femmes mariées
Mubanga Kalimamukwento
Traduit de l'anglais (Zambie) par Benoîte Dauvergne
Éditions de L'Aube
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« C’est le bras résistant que l’on tord » Proverbe Bemba.
« Le Club des femmes mariées » est engagé, intuitif.
Un tour de force !
Le titre pourrait faire penser à ce genre de roman d’évasion.
Nous en sommes très loin.
Le style est réfléchi, posé et nous met en position d’écouter Mubanga Kalimamukwento, qui conte par la voix de trois femmes, Sali, sa mère et sa fille.
La Zambie lève son voile subrepticement.
Ce pays d’Afrique australe, où les traditions, les coutumes et le joug des hommes sont puissants.
Le féminisme a dû mal à se frayer un chemin.
Nulle femme ne peut pleinement s’émanciper sans ressentir les ombres implacables et sournoises d’un patriarcat indestructible.
Sali, que nous suivons des yeux de sa jeunesse, jusqu’à son procès, est une jeune femme brillante, intelligente et douée de culture et de finesse.
On aime d’emblée ce portrait très contemporain qui semble sous la plume d’une autrice avocate zambienne, un emblème.
Le témoin ravagé d’un pays qui condamne un crime à la peine de mort minimale obligatoire et ce jusqu’en décembre 2022.
Sali a tué son mari.
Fille de pasteur, elle est la représentation de la femme, dont la première obligation est de se marier.
Sous les coups constants d’un mari violent, elle, promise à un bel avenir, promise à vivre libre, sa jeunesse est foudroyée.
Le roman tiré au cordeau est sociologique, vif et finement politique.
Chacun des chapitres, apporte sa sentence, sa loi ou un avertissement suprême.
Le récit est alors traversé à voix haute, dans une clarté de ton aérienne.
« Mère, porte-moi sur ton dos ; un jour, je te porterai sur le mien. »
Proverbe Bemba.
Sali, l’amoureuse d’un homme marié, cardiologue qui va brutalement mourir.
Sali qui va se marier, dans cet après, avec l’autre versant.
Le noir, après ce fleuve de lumière et d’amour.
Cette autre solitude, sous les brimades d’un mari, où il n’existe aucun antidote face à cette violence.
Le jugement est matière à réflexion.
« Le Club des femmes mariées » est un cercle aux moult mécanismes implacables.
Ce livre précieux et minutieux est stimulant par sa richesse et sa droiture.
De la justice, aux sentiments, aux vies arrachées des jachères fleuries.
L’épreuve d’être une femme dans une société viscéralement pétrie de conformisme.
Ce roman dresse un tableau surdoué des combats intérieurs.
C’est un livre brillant et poignant.
Le statut marital qui broie la liberté.
« Les jours de malchance même les aliments froids nous brûlent. »
Proverbe Bemba.
C’est un choc lancinant.
Le prisme culturel de la Zambie.
Sali, bouleversante et digne, vertigineuse d’humilité.
Son regard contemporain, parle pour toutes. Même nous.
L’urgence d’un récit nécessaire.
Traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne.
« Une calebasse de bière révèle bien des choses cachées. »
Proverbe Bemba.
Publié par les majeures Éditions de l’Aube.
E. L.
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Promenades à la rivière
Renaud de Putter & Guy Bordin
Éditions Le livre en papier
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« L’aventure, comme le désir, n’a besoin de nul chemin, mais elle peut passer une nuit ou deux dans un bungalow isolé du Caucase. »
Préface de Jay Cruikshank.
« Promenades à la rivière », « La clé dans le ciel », « Le garçon sur fond bleu. »
Deux nouvelles qui s’emboîtent telles des poupées gigognes.
L’orée géorgienne lève son voile et tout prend place.
Dans l’apothéose des écritures lianes où s’emmêle le charme de la douceur et la grâce picturale.
Renaud de Putter envoûte son auditoire avec « La clé dans le ciel. »
Plasticien et auteur, les mots deviennent des entrelacs où la promenade à la rivière est poétique et finement politique.
« Aie, des Russes... »
L’antre visitée par un intrus, un dessin d’homme nu disparu que Shota a appelé « Funérailles ».
La nouvelle est charnelle, sensuelle, olympienne.
Dans ce Caucase, où un courait d’air métaphorique, entrouvre la porte.
La clé dans le ciel et la beauté d’une partition amoureuse.
« Un garçon de dos, penché vers l’avant, sur fond bleu. »
Guy Bordin, ethnologue et romancier, nous emmène dans les tréfonds de l’âme humaine.
Dans une mystique qui n’a de nom que la sublime écriture ; ce triptyque de garçons où le désir est magnétique.
La rivière, cette métaphore dont les auteurs nomment le pouvoir spéculatif.
Les corps, tels des chorégraphies où les traits et les formes sont hypnotiques et désirables.
Un chant doux, le passage du gué.
La pulsion d’une littérature irrésistible.
« Le garçon sur fond bleu », jusqu’en nos regards.
Et c’est beau et vivifiant. L’épure des possibles.
Publié par les Éditions Le Livre en papier.
E.L.
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Bienvenue à Faubourg Bienveillant
Luc Fivet
Éditions Le Ver à Soie
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C’est le roman qu’on a tous envie de trouver.
Un livre qui capture l’esprit de notre époque.
Une œuvre de fiction qui dépeint avec brio, une réalité sociale.
Un presque manifeste. L’altitude d’un roman vertigineux d’intelligence.
« Bienvenue à Faubourg Bienveillant », l’incarnation brillante d’un roman subversif qui enrobe un village qui semble magique, accueillant, fraternel.
Un peu comme le village où Pinocchio a fait son premier pas de côté.
Isabelle et Arthur sont ensemble depuis vingt cinq ans.
Parisiens, dans un appartement de 50 m². Ils décident de déménager.
Se recentrer sur l’essentiel, apprécier et profiter de la quiétude d’un lieu dont le nom est une métaphore de concorde.
L’agent immobilier leur présente les vendeurs.
« - Et les gens sont tellement commença l’homme.
- Oui, tellement... fit la femme en regardant ailleurs. »
On a l’impression d’une scène douce-amère qui va enfler crescendo.
Quel est donc ce Faubourg Bienveillant ?
Lire attentivement la notice d’utilisation !
Ce village cache son jeu.
Que va-t-il donc se passer ?
Penser que les majuscules significatives et insistantes F.B : Facebook.
D’aucuns semblent sous un prisme sournois.
Cette voisine qui, dans un rythme pavlovien leur présente chaque jour ses petits plats.
Le voisin qui lève le pouce à chaque fois qu’ils franchissent la barrière.
Le village semble de faux-semblants, un masque mesquin, l’arbre que cache la forêt.
Un roman cinglant, cynique et profondément politique.
Luc Fivet dresse avec finesse et malice, un tableau sociétal dont la caricature est le double cornélien des réseaux sociaux.
Une traversée dans les tréfonds machiavéliques et trompeurs d’un village dont l’effigie est virtuelle.
Arthur Komer devient photographe. Il fige les lieux sombres, telle cette usine endormie. La réalité de notre contemporanéité.
Cette file de migrants qui passe, triste et anéantie. Cette image l’obsède. Il n’a pas eu le temps de prendre la photo. Trop de sidération en lui.
Faubourg Bienveillant qui semble à mille mille des errances de notre monde et des migrants.
Isabelle fédère les liens avec les Faubouriens.
Elle est dans la joie du renouveau. Elle ne sait pas.
Lui, fige l’évidence des tragédies.
Jusqu’au jour où ils recueillent des migrants.
Isabelle et Arthur sont dans la bienveillance.
Dans ce Faubourg où ils font acte d’humanité.
C’est sans compter sur les habitants hostiles, racistes voire plus.
Et là, nous sommes dans les mécanismes implacables du rejet de l’autre.
Ils sont compris ce qui se passe dans ce décor paradisiaque.
Le cauchemar du délitement de la fraternité.
C’est un roman engagé, politique, sociétal, poignant tant il révèle les parts d’ombres et de trahisons.
Audacieux, élégant dans sa maîtrise, « Bienvenue à Faubourg bienveillant » est une satire qui pointe du doigt là ou ça fait mal.
Apprendre à toujours se méfier. Tel l’adage de Prosper Mérimée.
L’intemporalité d’une œuvre d’avant-garde.
Luc Fivet est dans le charme d’une narration impertinente qui froisse et remet d’équerre les préjugés et les complots.
Publié par les majeures Éditions Le Ver à Soie.
E.L.
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Léna
Mylène Jampanoï & Samuel Massilia
Éditions Sixième (s)
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« Léna » est une chorégraphie à quatre mains tirée au cordeau.
On ne sait qui de Mylène Jampanoï ou de Samuel Massilia est le vertige d’une écriture virtuose.
Léna, cette enfant aux mille conséquences qui auraient pu travestir sa destinée.
Lili, sa mère, « qui n’a jamais été une maman mais une femme au travail. »
« Léna a touché la solitude à son extrême. »
Son père, Khiem Phan-Kong l’ogre dévorant qui lui faisait peur la nuit, et dont l’incipit précise qu’il a tenté de tuer sa fille une nuit d’hiver 1983.
Ses rôdes malsaines dans la nuit de l’immensité du mal.
Dans le frôlement des grands dangers, pour la fillette, un assassin qui s’est ensuite échappé au Canada.
Seule avec Liliane (Lili), une mère dévorée par l’alcool, la chute d’Icare.
Elle, au poste prestigieux, talons aiguilles, belle et capable d’élever son enfant.
Jusqu’à la violence d’une descente aux enfers.
La petite cherche sa place, grandissante et brillante, intuitive et observatrice.
La cité du Pont de l’Arc à Aix, la dignité malgré toutes les épreuves.
Pauvres et tristes, elles sont soudées et Léna compose une adolescence où elle entame les expériences risquées.
« Elle devient une petite femme dans l’espace d’un été et lorsqu’elle donne son âge on ne la croit jamais. »
« La métisse bâtarde est devenue du jour au lendemain la jolie Eurasienne de l’école. »
Léna a cette capacité d’intelligence stupéfiante.
Elle est lucide et aussi belle que secrète.
« Elle avait dans le regard une énergie d’urgence, une façon de s’imposer comme si elle jouait sa vie à chaque seconde. »
Léna, l’authentique jeune femme devenue.
L’as de cœur, initiée par un homme riche et très intelligent.
Elle réfute l’œuvre du mal et entend le mot silencieux, sortir de cette enfance.
Le destin pour liberté. Nous sommes nos choix, tel est l’adage de ce roman tremblant de pluie.
L’aurore boréale pour un lendemain qu’elle seule désigne être son sauveur.
Léna et la traversée du miroir, dans une procession où les guerres intérieures deviennent le viatique de la vie.
La voûte où s’inscrit son chemin devenu.
Brillant.
Publié par les majeures Éditions Sixième (s).
E.L.
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Crédit photo : 2 et 3 Mylène Jampanoï & Samuel Massilia
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Et si... Federico Garcia Lorca
Albert Bensoussan
Éditions Élysande
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« Ce livre dit l’admiration d’un homme pour un autre. »
« Et si la mort sous les balles franquistes ne t’avait pas emporté de la plus terrible des façons, Federico, qu’aurais-tu offert à ce monde ? »
Une biographie d’excellence, Federico Garcia Lorca en apogée.
Un viatique et de plus loin encore, « Et si... » une uchronie dans l’ère qui advient.
Une fenêtre s’ouvre, majestueuse, dans cette avant-garde queer.
Le mythe Lorca dévoilé sous la plume érudite, perfectionniste d’Albert Bensoussan. Agrégé d’espagnol, docteur ès lettres, spécialiste de Federico Garcia Lorca et traducteur émérite.
Voyez ce renom qui prend place.
Cette fresque qui recense l’énigme et l’aura d’un des plus grands poètes de notre monde.
Dans le charme d’un éphéméride où les allers et retours sèment l’exaltation d’une œuvre inestimable. Comble d’anecdotes, de photos, de poèmes, de références. Cet écrin est un outil pour les étudiants (es). La chance suprême de lire autrement, dans notre modernité.
« Baiser de l’araignée » où Federico Garcia Lorca « dans une tragédie,le héros doit mourir. «
Deux hommes qui s’aiment et tout prend sens et fusion.
Federico Garcia Lorca, dans une pudeur royale, où il cache ce qu’il ressent et ce qui se réalise en lui.
Dans notre contemporanéité, il n’aurait pas dit que : « Le sexe est une forêt de sang ».
La clé de voûte d’une biographie hypnotique, surdouée, où ce qui hante dans l’ère des cœurs brisés, aurait été la splendeur d’un homme poète, peintre, artiste, et vivant, si vivant. Et si…
L’angle queer, l’intensité d’écrire au plus juste.
Rassembler l’épars et cet essai devient spéculatif, l’honneur d’une exceptionnelle vie.
Lui, qui était ce qu’il fallait abolir.
Une rose rouge ensanglantée, longer les murs, taire ce fleuve de désir en lui.
Federico, tué sous les balles franquistes.
« Parce que brillant. Parce qu’homosexuel. »
« Moi, je suis d’abord citoyen du monde et frère de tous. »
Cette œuvre où s’entrelacent les injonctions, la force de parole d’Albert Bensoussan, l’ami et le proche, l’intime et le frère de Federico.
Cet essai relève du miracle. L’œuvre est ici.
Altière et fondamentale, dans cette richesse incommensurable.
Sans fausses pistes, le vertige d'apprendre en ayant la conscience aiguë du renommé et du plus juste.
"La voix qui t'est due arrêtera les eaux de l'oubli."
"Et si.." Federico Garcia Lorca dans un point d'altitude où cet immense ouvrage, aux moult recherches, est un outil où arpente l'enjeu de la littérature contemporaine.
Un travail colossal et une fierté éditoriale.
On revient dans l'écoute à voix basse d'un génie homosexuel, brisé en plein vol.
« Et l’on pleure sur l’homme que tu es, âme vibrante, toi qui, alors qu’on va te fusiller. »
« À ta manière et dans ton esthétique, Federico moi, tu es chrétien jusqu’au bout du cœur. »
« Reconnais là, Federico, ton empreinte, toi qui n’es que flamme et feu.
Tous marqués au fer rouge. »
L’épistolaire en fin de pages, est l’aube nouvelle. Cette lettre écrite par Albert Bensoussan à Federico est un edelweiss à flanc de rocher. Unique et pure, tremblante d’amour fraternel. « Fuis, mon amant, ressemble pour toi à la gazelle ou au faon des cerfs, sur les monts d’aromates. Cantique des cantiques. »
Inestimable, une référence éditoriale inouïe.
Publié par les majeures Éditions Élysande.
E.L.
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« Petit pas », la fulgurance d’un roman fervent et pétri d’humanité.
Il se passe toujours ici, ce quelque chose qui fait office d’initiation.
L’heure belle d’une lecture dont la marée-basse est l’autobiographie d’un requiem.
Il y a dans les entrelacs, cet air doux d’Amélie Poulain.
Le charme des miscellanées qui ne jugent pas.
Le lien qui élargit la force des possibles.
L’écriture est boréale , certifiée, d’une voix douce.
Une mise en abîme d’un jeune couple qui n’ont pas encore vingt ans.
Ils sont un très jeune enfant Jean.
Dans leur antre spartiate, Martin et Mathilde sont dans la solitude de la pauvreté.
La vulnérabilité de l’absence de parents mal aimants.
Ce jeune couple se serre les coudes. Ils sont des oisillons tombés du nid bien trop tôt.
Ils apprennent les rayons du soleil, les matins clairs, les difficultés qui débordent comme le lait du matin, parfois trop vite.
Martin travaille, « aujourd’hui des cernes barrent ses joues et il ne sourit plus. »
« Elle ne l’attend plus le soir. Elle s’endort. »
Une routine imposée par les diktats des vulnérabilités.
« Les privilégiés ont maçonné autour d’eux et placés sur leur yeux la pellicule confortable qui leur épargne tout contact avec la misère humaine, économique et culturelle dont chaque atome est ici gorgé. »
Ils luttent dans un quotidien de labeur mental.
Arrachent aux pénibilités, ce peu qui encense le sourire de l’enfant.
La mélancolie légère, des fenêtres teintées d’ombre.
Dans un rituel où ce qui est nécessaire pour vivre et compté, ils sont des dieux de l’exemplarité.
Seuls, dans cette gageure de repas sans vitamines.
L’obsession de maintenir le cap dans cet appartement feutré, où il ne se passe pas grand-chose.
À moins d’écouter les pas de l’enfant et ses petites phrases innocentes.
Et puis, survient Annie.
Le point de lumière, le génie des mansuétudes.
La voisine de palier, discrète, humble et magnanime.
Les gestuelles à l’instar d’un lâcher de crayons de couleur.
Petit pas, jusqu’à Martin et Mathilde.
Ils sont dans la pudeur d’une timidité loyale.
Comme si la générosité n’était pas innée. Ils sont dans la faiblesse d’une catégorie sociale mise au ban.
Annie, témoin en direct, d’un microcosme où le petit Jean va déployer ses ailes et coopérer au liant.
Sentir une main différente, ridée et aimable ; celle de l’entraide et la sérénité.
Annie va pénétrer les arcades de ce foyer où tout manque.
Irradiante, elle est la figure de la bonté et de l’altruisme.
Ils vont ensemble dans un triptyque de fraternité, apprendre les gammes de l’hospitalité heureuse.
Annie et ses petits pas, cette vieille femme dont le fils ne vient que peu lui rendre visite.
Elle a du bleu au fond des yeux. Elle comble de petits plats, de sourires cette jeune famille qui cherche la voie de secours.
Ils ne le savent pas.
Ils sont dans le point fixe des efforts.
« Mathilde goûte aussi à plein cette atmosphère saine qu’Annie répand autour d’elle, ces mots convenables qu’elle emploie pour parler. Il y a des fils partout entre les objets et cette femme qui les aime. Leur immobilité n’est pas inerte, c’est le degré suprême de l’écoute. Ils attendent. »
Annie vieillissante, dans cette capacité où le regain est une main tendue. Invisible, mais présente.
Jusqu’au jour où Martin et Mathilde feront le premier pas dans un cercle où rayonne cette acuité de la joie des choses simples.
« Et bientôt, il y a comme un air de fête sur la table du soir. Annie a le visage solennel de l’invitée. »
« Petit pas » est vertigineux d’humilité et de tendresse.
La rédemption, lorsque les belles personnes deviennent des vrais gens.
C’est un roman rive douce, finement politique et sociétal dans ce filigrane qui prononce la force des possibles.
« Petit pas » est un livre qui donne de l’espoir.
Marion Richez enseigne la philosophie. Ce troisième roman est un éclat de lumière. Et c’est beau.
Publié par les majeures Éditions La Peuplade.
E. L.
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