Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver
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L'Amoureuse en secret
Raymond Penblanc
Éditions Æthaldès
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«Un lit, très loin, sait-elle, patiente et tremble dans l’exil des draps odorants, comme un lac de montagne qui ne sera jamais abandonné. »
René Char, « L’Amoureuse en secret ».
Délicat, sublime, le blanc de l’hiver.
Ce roman puissant, voluptueux, est une révélation romantique et noble.
L’écriture est un palais d’honneur.
Sa grandeur pénètre la trame.
Elle insuffle l’apothéose d’un mot placé au plus juste.
Lire Raymond Penblanc, c’est grandir.
Tant, il est un génie du verbe.
« L’Amoureuse en secret » se lit doucement, en délectation.
On pénètre dans une narration en noir et blanc, sans couleur.
C’est voulu. C’est pour mieux nous maintenir au cœur de ce roman.
Fusionner avec les personnages.
C’est un presque huis-clos.
Ici, il y a la mère, une artiste, qui vit recluse entre la matière qu’elle façonne.
Presque lasse et sourde au monde.
Le père, aérien, poète céleste, qui recueille le sifflement des oiseaux.
L’enfant, une petite fille grandissante au fil des pages.
Et elle, la narratrice, la nourrice de la fillette.
L’épicentre de cette famille atypique.
Elle convoque la fiction au vouvoiement.
Et c’est dans cette grandeur, qu’une telle histoire contée, devient souveraine.
Elle, qui fait partie de la maisonnée.
Qui prend la petite pour la sienne.
Puis pour son alter égo.
Tout en sachant que ses sentiments dépassent l’entendu. À l’instar d’une ivresse qu’elle contrôle inlassablement.
« Je ne me suis jamais éprise sur vos véritables sentiments à mon égard. »
« Pour vous, je me trouvais là ; ouverte, disponible uniquement pour vous, j’étais un jouet grandeur nature. »
« J’étais vieille et je ne pouvais que le devenir encore plus. »
Cette fillette qui évolue, rebelle et secrète, solitaire et tempétueuse.
Le lien s’émancipe, change, tant la métamorphose échappe à la normalité.
Nous ressentons les gestuelles, les regards, les fureurs et les escapades de cette jeune fille devenue.
Dont l’Amoureuse guette le moindre faux pli.
On a de l’empathie pour cette gardienne des secrets et des torpeurs.
Une ambiguïté qui cisaille cette fiction et renforce les sentiments.
Un chant funèbre, tant l’identité creuse les sillons et réveille les fantasmes et la dépendance au désespoir.
« L’Amoureuse en secret » est une robe du soir qui tombe sur les pieds, sur un parquet entre le chaud et le froid.
La beauté de ce texte le transforme en classique.
« D’ailleurs c’est la nuit que la blessure, restée secrète, se remettait à saigner et à me faire souffrir. »
« L’Amoureuse en secret » est la lumière naturelle de l’amour.
Un pur chef-d’œuvre, sensuel et magnétique.
Entre le désir et ses lois, la tendresse d’une filiation, l’étendue d’une relation presque mystique.
Raymond Penblanc sait tout de la prose et de ses finesses.
Il peint l’Amoureuse avec talent et majesté.
La preuve est ici.
Un chant poétique, amoureux, qui fait saillir le désir de lire ce texte merveilleux et mélancolique.
Comme l’exprime si bien les Éditions Æthalidès, Raymond Penblanc aime marier prose et poésie.
E. L.
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La sonorité et l’ardeur d’un titre signifiant.
« Ce qui cède », la blessure d’une lucidité à rude épreuve.
D’une sincérité radicale et absolue, ce témoignage personnel et dédié à tous et toutes est l’exploration d’une trahison.
Lou Tsatsas est dans la sidération.
Lorsqu’elle se rend compte qu’elle a eu une relation physique sur un long temps avec « le violeur de Tinder ».
Abel, de son vrai nom et prénom : Salim Berrada qui sera condamné à 18 ans de prison.
« Ce matin là, c’est la rage qui m’a réveillée, non pas tirée du lit, mais ouvert les yeux en grand, face à l’écran de l’ordinateur. »
Cet homme reconnu coupable, agresseur de femmes, de jeunes filles.
Lou s’ancre dans l’incommensurable.
Elle se sent prise au piège.
Le barrage craque. Les flots envahissent sa mémoire.
Elle est dans un désarroi immense. En plein saut mental depuis un parachute.
Le sol rude sous ses pieds, réveille sa conscience.
Le masque d’Abel tombe.
Lui, qui n’hésite pas, dès leur première rencontre, à lui montrer les photos de ses anciennes conquêtes.
De la convoquer pour un plaisir libre et assumé pour lui.
Elle ne se doute de rien. Elle est dans la vulnérabilité de son ancienne relation abolie.
Elle flanche, dévorée de surprise, sans ce désir amoureux.
Juste la peau, les sens et le plaisir.
« Mais je suis une cliente difficile. Je crois, je dis les mots, ceux qu’il veut bien entendre, mais je le dis les yeux morts. »
On ressent le préambule d’un embrigadement.
Habile, il sent la fragilité de Lou.
Ce qui cède d’emprise, le corps qui glisse sans ce qui étire la pure joie de l’union.
La voix narrative convoque les faits.
Les victimes, toutes, dont les flèches reçues en plein cœur, sont les crimes sournois.
Ceux d’un homme qui a le VIH et qui contamine ses proies volontairement.
Le violeur de Tinder, qui change de nom, dans une duperie où il attrape ses proies avec des verres gorgés de poison. Pour mieux les soumettre à ses volontés malsaines.
Le somnifère d’un lâche.
Le corps d’une femme devenue une marchandise.
Il cumule les comptes : Tinder, Brumble, Fruitz,Adopte, Wyylde, ou Feeld.
Il se fait appeler : Abel, Adam, Darcy, ou juste A.
Lui, qui continue jusqu’à l’ultime.
Lou est dans une solitude glacée.
La méprise est violente et elle n’aura de cesse de prévenir ses connaissances, les autres partenaires communs.
« CE QUI CÈDE, N’EST PAS CONSENTIR. »
Ce récit véridique est l’ultime clef pour se réapproprier son espace, sa cartographie intime et libre.
Ce qui cède, ce qui est un viol pour les unes, une habitude, ne pas savoir dire non pour les autres.
Le pouvoir de l’homme, du mari, du partenaire qui s’imagine que le silence est accord.
Ce qui cède, le consentement. Seul.
Le passeport unique pour l’exaltation.
Ce récit est le fronton d’une parole qui exauce un avertissement universel.
« Ce qui cède » est la littérature de combat.
Vous seul avez la main.
Publié par les majeures Éditions Double Ponctuation.
E. L.
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Odessa des oiseaux
Sophie G. Lucas
Éditions La Contre Allée
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Odessa revient, digne et pétrie d’humanité.
Après « La geste des ordinaires », « Mississippi », « Odessa des oiseaux », est le chant triste de notre monde en perdition.
Odessa, une femme avec son fusil, on ne sait pourquoi.
On devine son ombre et son guet.
« Là, le fusil sous sa respiration, respire aussi. »
Elle nommée Jo, puis Odessa à neuf ans.
Ce nom qui nous fait penser de suite à l’UKraine.
Son enfance à Saint Nazaire, entre la Soucoupe et les Chantiers.
Elle qui se voulait boxeuse, mêlée avec ses deux sœurs et son frère adoré, Sasha.
Le roman est poétique, chair et sens.
Sasha est dans le plein de ce livre doux et sensible.
Ses poèmes et ses dessins dans les interstices, des lucioles dans la nuit.
L’arbre sylvestre, ses racines qui puisent la grâce verbale.
L’importance haute, Sasha-canopée.
Ici, tout est dédié à la vie et à la mort.
« Odessa les oiseaux » acclame les épiphanies qui résistent.
Odessa qui part en Louisiane.
Figer par des photos l’ouragan Katrina.
Elle nomme les oiseaux.
« Je veux comprendre, elle s’est mise à écouter, et les oiseaux lui parlent, et elle comprend, et elle sait, et elle n’en dit rien. J’entends des voix. »
Sasha dont l’écho est cette connivence.
Ce lien gémellaire qui s’étire jusqu’à l’ailleurs. Demain.
« Je voudrais toucher à la profondeur des bois et des villes. »
Sophie G. Lucas rassemble l’épars.
Elle guide Odessa vers l’élégie du visible, encore pour un instant.
Solaire, profonde, l’écriture est hospitalière.
Elle donne le pouvoir à l’écologie, aux norias des oiseaux.
Son hôte : Odessa et prend acte, solidaire du Vivant.
« Je ne me consolerai jamais de ne pas savoir, quel est ton arbre préféré. »
L’ère du Sida, du Covid, sa maman décédée seule.
Les mansuétudes et le manteau reste glacé, malgré le printemps.
Odessa, « Et elle écoute ce qu’elle croit être un merle. Nous sommes de drôles d’oiseaux, Sasha. »
Ses carnets sont des supplications. Elle rend des comptes au monde.
Katrina, plus qu’un symbole ; la chute immédiate, le racisme, les blancs sauvés avant les plus démunis.
Le carton rouge de notre humanité.
Au fur et à mesure d’une lecture attentive, on est en osmose avec ce texte de grandeur.
« Comme si la vie m’avait séché sur place. À nu. Je n’ai plus d’abri. »
Une lecture qui encercle les siècles et l’espace-monde.
Subvertir les erreurs humaines.
Contemplative d’une nature qui se meurt.
Elle œuvre au palimpseste.
Le cycle de la vie, elle se tient prête avec son fusil.
La mort avec universelle et celle des siens.
Elle remue la terre à mains nues.
« Il y aura des milliers sans toi. »
« Apprenez-nous à voler. »
La narration vertigineuse, d’une Odessa des oiseaux.
L’honneur d’un texte qui traduit notre mappemonde.
« Apprenez-nous à vivre ensemble. »
L’écologie souveraine, qui de Sasha ou des oiseaux frôlent les cimes de nos consciences ?
« Nous ne sommes pas à votre hauteur. »
Odessa, devenant Odessa des oiseaux.
L’allégorie sublime et triste, « un monde sans oiseaux et un monde mort. »
L’incarnation d’une œuvre militante et écologique.
Un hymne à la beauté du monde.
La maestria.
Une littérature d’excellence, intime, engagée, sublime.
Publié par les majeures Éditions La Contre Allée.
E. L.
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Le coiffeur mal béni
Zakaria El-Sem & Antoine Jobard
Éditions Lux
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Engagé, contemporain, attachant, « Le coiffeur mal béni » est une fresque profondément humaine, qui nous frôle de près.
Un texte qui emmêle subrepticement dans ses plis, les voix qui s’élèvent immanquablement.
La Place Jemaa el-Fna à Marrakech, est la majuscule de ce récit qui captive son auditoire.
Tout commence par elle. Et l’on ressent une lumière différente.
L’oralité qui offre son pouvoir intrinsèque au peuple qui écoute ces conteurs d’un instant et pour toujours.
« Autour d’eux se forme un cercle, la halqua que le conteur anime, comme un prof schlag d’une université populaire pour des personnes pas du tout universitaires. »
Ici, tout est vrai.
Puisque l’auteur Zakaria el-Sem conte lui aussi sa vie et fait saillir l’ombre et la lumière.
Le déroulé de son existence, brillant, intellectuel, dont ses études de droit ne lui laisse aucune opportunité.
Il pense la France comme un seuil où les rais de lumière percent au grand jour.
Mais il va vite comprendre et sombrer dans un pessimisme et une lucidité sans failles.
Les souffrances liées au misérable temps gris, d’une France qui a du mal avec les étranges (ers).
Le Maroc ne le lâche pas.
Il dans dans une posture de dualité.
Il est cette langue qui chante et son altérité.
Ce qu’il voudrait dans ce Paris vaste et anonyme, c’est juste un coin de ciel.
« Je me répétais que j’étais doué, intelligent et très gentil avec les gens. C’était pas possible pour moi de faire comme Ibra me disait de faire : être dur et agressif parce que la vie est dure et agressive. J’ai préféré faire à ma sauce. J’étais libre et j’ai fait la joie autour de moi. »
L’Ulysse intranquille, qui prend acte de ce qui vibre et cogne.
La faim, les petites combines, les débrouillardises.
Mais il lui manque l’honneur d’être lui-même.
Ses capacités vertigineuses sont étranglées.
Il longe les murs. De la pluie au fond de ses yeux.
Son mental est brisé par une densité psychique qui l’étouffe.
Ici, au cœur d’une écriture douce, poétique, colorée, intime et efficace, il y a la solidarité.
Le socle des siens, ces êtres qui s’entraident, à l’instar d’une citadelle d’altruisme.
« Monsieur, quand on demande avec la gentillesse, on gagne tout. »
La France explose dans son racisme visible.
Sans-papiers, la police au garde à vous, prête à contrôler toujours et encore.
En pleine déréliction, il entend des voix.
Les griots de sa terre-mère, ses jnoun.
La folie qui compense la fraternité qui se meurt.
L’enfermement de ses rêves d’antan entre quatre murs d’un hôpital psychiatrique.
Le récit est dans la tristesse de la vérité.
« Plus tard, j’ai compris qu’à partir du moment où le médecin avait posé son jugement, tout ce que je pouvais dire ne comptait plus : c’était des symptômes. Toute la dèche, l’absence de papiers, l’absence de droits, l’absence de liberté, l’absence de toit, l’absence de nourriture, l’absence d’humanité, tout disparaissait dans une lecture médicale. On ne parle jamais des causes, que des effets. »
Il n’a pas le visage solennel de l’invité.
Le récit œuvre et sans ses camarades, ses frères de cœur, il aurait pu couler.
Lui, le coiffeur devenu, dont les coiffures sont des baumes au cœur pour les faibles.
Il est le radeau de la Méduse de Géricault.
Dans les interludes, l’humanité jaillit à l’instar d’un pain chaud et croustillant.
« J’ai squatté de vraies maisons comme sur les
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dessins d’enfants, un toit en triangle ou en carré, où il n’y avait ni eau ni électricité… J’ai escaladé la tête des autres pour voir ce qu’ils pensaient de moi. »
« Moi, je l’appelle Madame la Bibliothèque. La bibliothèque où j’aime. La bibliothèque où je dors. »
« La bibliothèque est un endroit spécial quand on est dans la dèche, comme un poème chaud. »
« Le coiffeur mal béni » de Zakaria El-Sem & Antoine Jobard, honore la quête de soi.
Il est déchirant et poignant et pointe du doigt là où ça fait mal.
C’est un manifeste politique et sociologique qui met en exergue les luttes infinies et les faillites sociétales d’une France méprisante.
Salutaire.
L’éminente littérature.
Publié par les majeures Éditions Lux.
E. L.
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Les personnes trans sont-elles folles ?
Alistair Houdayer
Éditions Double Ponctuation
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Un essai essentiel.
L'intégrité d'une parole juste et apprenante.
L'exploration érudite et certifiée de nos regards sur la maladie psy, comme le disent les Éditions Double Ponctuation (:?!;), et comment se construit la transphobie.
Le rejet, l'hostilité, voire la haine.
« Les personnes trans sont-elles folles ? », plus qu'un outil, cet essai majeur qui rassemble l'épars est d'utilité publique et intime.
Un titre agitateur, mais sous ses faux airs, il rassemble l'épars.
Et par sa force d'analyse érudite, sociologique et psychologique, il est du côté du droit à être soi-même.
L'identité à l'instar d'un libre-arbitre.
La folie n'est pas, jamais.
Seule une personne qui se cherche doit être non pas aidée, mais laisser dans son extrême liberté à naître selon ses désirs.
Ainsi, elle grandira dans son estime et son appartenance au monde.
Il faut tordre les a priori, les dangers d'un enfermement.
Cet ouvrage divisé en séquences et doté de courts chapitres, dont tous et toutes trouveront une clef.
Une confrontation, une chance d'apprendre de l'autre.
La vision de notre contemporanéité sur la transphobie qui ouvre la voie à la maladie mentale.
Alistair Houdayer délivre une conférence riche de réflexions et d'une maîtrise perfectionniste du sujet.
Son travail immense de recherches et ses revendications sont des lucioles dans la nuit.
Pourquoi la pathologisation des personnes trans ?
Comme le soulève le résumé en quatrième de couverture.
Ce titre qui enflamme ce court mais intense essai est précis et tiré au cordeau.
Il répond avec une extrême lucidité et justesse, aux diktats de la psychiatrie.
Les férocités envers ce qui nous semble différent.
Les normalités ne sont pas.
Nous sommes, tous et toutes uniques.
Laisser le corps acclamer ses propres stratégies.
Ce livre d'urgence absolue est une prise de conscience d'une scène résolument traumatique et pavlovienne.
Ici, au coeur de ce livre de haute importance, se trouve une réponse universelle.
Et les histoires de vie deviennent authentiques et spontanées.
Sans réserve envers notre prochain.
Publié par les majeures Éditions Double Ponctuation (:?!;).
E. L.
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Une autre aurore
Pierre Chavagné
Éditions Le Mot et le Reste
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Intense, d’ombre et de lumière, « Une autre aurore » est roman de writing nature, mais pas que.
Une mise en abîme tempétueuse et superbe.
Un père survivaliste qui va entraîner cette fiction dans une stupéfiante attraction.
Bjorn est un jeune garçon de dix-huit ans qui frappe à la porte chez Ralph.
Un vieux policier, très doux et riche de finesse psychologique.
Il connaît Bjorn depuis sa plus tendre enfance.
Durant trois jours et trois nuits, il va conter sa vie.
Dérouler le fil de son existence avec discernement et sincérité.
Il a tué un homme. Il dépose son fardeau, en toute confiance.
Sørvåg, l’épicentre des confidences.
Le Grand Nord de la Norvège en apogée.
Le huis-clos prend place.
L’écriture de Pierre Chavagné est l’acuité boréale.
On aime cette plongée dans une plume qui dépeint l’atmosphère comme un film au ralenti.
Entre les interstices, des adages, des messages qui déploient le récit, dont on retient ce qui fut de la vie de ce garçon grandissant en pleine Taïga, dans une solitude infinie et la dureté d’un climat éprouvant.
L’endurance pour survivre entre le froid et les épreuves imposées par son père dont le seul but est de forger son fils à des fins d’autarcie mentale et physique.
Entre les rais, où la parole s’apaise, il est tendre, amical, soudé à son enfant.
Ce dernier va évoluer dix ans dans cet espace sans espérance de salut.
Ils se cachent. Bjorn le comprend de suite. Fuir le monde. Pourquoi ?
« J’ignore alors que c’est ma première nuit de ma formation.
Quel formation ?
Celle de ma survie. »
Le dialogue entre Bjorn et Ralph est un crépitement.
Un havre, où se qui se déploie est la démonstration implacable d’un père dont le sacre d’indépendance élève Bjorn. La maturité d’excellence. L’éveil à l’indépendance.
Renforcer quoiqu’il en coûte son aptitude à survivre seul en toutes conditions.
« Les véritables aventuriers ne sont pas ceux qui partent, mais ceux qui restent et s’enracinent un peu chaque jour sur le lieu même de leur existence, comme les arbres ou les animaux sauvages. »
Voyez la force poétique de ce récit riche de dualité.
Ralph prend des notes. Recueille les mots de Bjorn. Consigne et laisse le flux des confidences se répandre dans un face à face très doux et pragmatique ;
où les révélations font bloc contre l’irréfutable.
Le Grand Nord et ses rites initiatiques.
L’étymologie d’un territoire d’épreuves et de renaissance.
La trame diffuse l’amour fou d’un père pour son enfant.
Crépusculaire, d’une grande classe morale et sentimentale.
Il faut écouter le bruit des pas dans la neige.
Faire silence.
« Une autre aurore » est un hymne aux filiations gagnantes.
L’apothéose d’un tableau, où la nature couronne la loyauté.
Les paysages vastes et purs où s’allie ce qui perdure pour toujours.
Un choc esthétique pétri de sentiments et d’authenticité.
Publié par les majeures Éditions Le Mot et le Reste.
E. L.
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J'ai trop de nuit au fond des yeux
Sara Gréselle & Elis Wilk
Éditions Esperluète
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« J’ai trop de nuit au fond des yeux.
Ou bien est-ce la nuit que je cherche pour berceau. »
La sororité d’excellence.
Ces poèmes-litanies sont des miscellanées.
Des chapelles de femmes qui s’éveillent dans l’aurore, subrepticement.
L’héritage féminin visible.
Les rémanences au plus proche d’un regard froissé et pâle, en désir d’être.
Celles qui souffrent, se taisent ou pleurent.
Chercher le puits de lumière au travers de leurs ombres solidaires.
Encerclées, gémellaires, siamoises, et résistantes.
Faire semblant. Quêter le pain d’amour, l’ivresse de la liberté.
Ces poèmes qui s’envolent en pleine noria, étranglent les peurs.
Ils clament la femme-née.
Universelles et dignes, elles enchantent ce macrocosme, où les rêves blessés sont superbement dessinés par Elis Wilk.
« Celles qui n’ont jamais voulu être mères et celles qui le sont quand même. »
Apprendre les gammes, les mains en coquille, au risque de la marée basse.
Dans ce liant qui génère l’astre d’une nuit fédératrice.
« J’ai trop de nuit au fond des yeux », ce sublime palais, qui accueille les épiphanies de Sara Gréselle.
Irradiant, et empreint d’empathie souveraine.
Lire à voix haute cet écrin. Sentir l’heure du jour, à l’instar d’une féminité qui se révèle.
Publié par les majeures Esperluète éditions.
E. L.
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