Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver
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Le mur
Christian Guay-Poliquin
Éditions La Peuplade
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« Le mur », l’architecture d’un roman essentiel, engagé, d’une vive attraction.
Une ville coupée en deux, par un mur, visible, jusqu’au risque de frôler le ciel.
Une frontière indestructible, sans lézardes, ni percées de lumière.
« À mesure que la lumière descend sur la ville, la brume se dissipe et le mur apparaît comme une grande ligne sombre. »
Jusqu’au bout de la nuit et sans fin, les gardes frontaliers, tels des spectres, surveillent immanquablement et n’hésitent pas à tuer celui ou celle qui se risque au passage vers l’autre côté de la ville.
Les métaphores grondent. La plume de Christian Guay-Poliquin dévoile un texte vif et finement politique.
Si brillant, qu’on pourrait le transmuter au mur de Berlin, aux cyniques murs frontaliers de nos contemporanéités.
Ici, les habitants sont concernés, dans la solitude de l’enfermement, mental et physique.
Séparés. Sans que l’on sache vraiment pourquoi.
Mais y a-t-il une raison pour admettre la folie humaine ?
Les paraboles surdouées assignent l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté.
La tristesse et dans l’autre versant, des enfants qui jouent libres.
Les norias d’oiseaux, le rythme doux d’une plénitude.
Héléna est célibataire, seule. Divorcée, ses grands enfants ne viennent que peu voir leur mère.
Elle travaille pour une agence de rénovation. Sur son vélo, elle va de rendez-vous en rendez-vous.
Elle côtoie une multitude de clients. Elle perçoit à l’œil nu la transgression de sa ville rétrécie, par un manque de spontanéité. Tout est muselé et sous contrôle.
Les agences gouvernent et le système autoritaire et répressif pèse sur les toits et dans les cœurs.
On ressent un lieu épiépique .
Les habitants affrontent la déréliction.
Les maisons se fissurent. Les gouttières abondent. Héléna croule sous le travail.
Les mains écorchées, le front en sueur.
Il pleut en continue. Le mur qui divise un immense espace de la mer à la montagne.
Qui peut imaginer vivre ainsi dans une région où le mental est prisonnier.
La trame est si habile, qu’elle insuffle de la douceur.
Mais les rires, ici, sont endormis, seuls les oiseaux dépassent le mur et prouvent qu’il suffit de surpasser les chaînes.
La région est sans lyrisme. Héléna cherche une voie de secours.
Elle ne le sait pas. Pas maintenant, pas tout de suite, plus tard encore.
Son travail opératif comble ses errances . Déterminée, elle évite de vaciller.
« Aujourd’hui, on entend parler de réseaux de passeurs qui organisent des expéditions de nuit. Mais c’est de la folie. La pluie regagne en intensité. Ses mains sont ratatinées. Elle essuie son front et lève les yeux vers le mur. Avec la crue des eaux, on pourrait croire qu’il est plus petit. Mais il n’en est rien. »
Entre l’effroi et les ténèbres, Héléna découvre un groupe de tunneliers clandestins.
Elle va négocier, se faire apprivoiser par ce groupe d’hommes et de femmes qui creusent un tunnel.
Profiter du matériel à sa disposition et en cachette tromper l’agence.
Entre l’espérance, la prise de risques, elle sait le souterrain salutaire.
Au risque de ne plus jamais revoir ses enfants.
Le récit valide le courage, l’abnégation du passé.
Héléna va t-elle y arriver ?
Fascinant dans son orée politique, humaine et psychologique, « Le mur » est l’allégorie vive des prismes d’emprise.
« L’homme est un loup pour l’homme », comme le dit si justement Romain Plaute.
Quand est-il d’une humanité qui se fracture ?
Ce roman sublime et nécessaire est salutaire.
Il donne des forces et rend hommage au travail manuel.
Dans le quotidien, pour se nourrir, aider l’autre et acter la solidarité.
Le pouvoir de creuser pierre après pierre, le tunnel et abreuver la main d’espérance.
Poignant dans sa lucidité, « Le mur » est existentiel et puissant.
Un souterrain et le renom au fronton de la liberté.
Le pouvoir d’une littérature contemporaine et résistante.
Publié par les majeures Éditions La Peuplade.
E. L.
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Né sur des pissenlits
Jocelyn Danga
Éditions Elyzad
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« Qu’est-ce qui existe du ciel et de nos yeux, du ravissement et de l’abattement ? »
« Il n’y a que la philosophie pour défier les aiguilles de l’horloge. »
L’élégance d’une langue au sommet de l’attrait.
« Né sur des pissenlits » est une immersion à Kinshasa la capitale de la République démocratique du Congo.
Jocelyn Danga écrit avec brio, humour et gravité la réalité sociale d’une ville, ployée sous la rudesse de la corruption et des prismes sociétaux dont on perçoit l’intranquillité.
Entre la pauvreté, les couleurs, les survies, les habitus et un système culturel et éducatif des plus controversés.
Nous suivons des yeux Muntu, un professeur de philosophie, encore jeune, qui enseigne à Kinshasa.
Il travaille dans le groupe scolaire « L’Avenir de demain ».
Au bord de la rivière Kalamu, à mille mille d’être un lieu édénique, « au plus proche d’un boxon à ciel ouvert. »
Muntu est désabusé par ses élèves. Il lui semble enseigner face à la misère humaine. Des lycéens, pour qui la philosophie est un courant d’air.
Mais un jour, le silence règne dans l’établissement.
Personne. Les élèves sont absents.
Il erre dans le lycée et comprend qu’il a perdu d’avance la chance de faire évoluer ces jeunes adolescents (tes).
De les élever dans la ferveur du Savoir.
L’écriture rayonne, complice et s’apaise dans l’introspection d’un auteur qui explore sa propre vie, ses défaites et ses combats.
« Ma rage est universelle autant que la somme de mes besoins. »
« Je refais la pyramide de Maslow »
« Il y a que les sophistes pour épouser la réalité dans sa nudité la plus impudique. Socrate n’était qu’un ignorant et Platon un rêveur. »
Muntu né sur des pissenlits , sa mère dont l’empathie pour son fils encercle ce récit d’une aura lumineuse.
Le lien générationnel sur les pissenlits, la complétude d’une maternité qui n’en finit pas d’éclore.
Muntu qui aime sa mère et la protège. La réciprocité et l’osmose. Ils sont garants de leurs vies.
« Le temps est un mécanisme insultant qui nous prend par derrière. »
Déchu de son lycée, mis au pilori, pour une soirée d’ivresse dont les réseaux sociaux se sont délectés.
Il vagabonde en lui-même, le clochard céleste et « le ventre vide est un rocher où mes utopies s’écrasent. »
Mais c’est sans compter sur John un ancien ami, qui lui propose de l’inscrire à un colloque en France, qui plus est à Metz.
Partir, laisser sa mère, est un fardeau, un dilemme.
« Cette nuit je dors dans le ciel. »
Le voyage sans retour. Une conférence : « L’éducation à l’aune de la mondialisation. »
«Je déballe mes pensées avec l’éloquence d’ un Cicéron noir. »
On ressent la renaissance en advenir, pas maintenant, pas tout de suite.
Ce roman est une bouffée d’oxygène, la force des possibles.
La démonstration des mécanismes qui ploient un pays.
« Je n’avais pas écrit mon témoignage parce que quelque part c’était l’histoire véridique de ma vie. »
« Fuir la mort depuis la naissance sur des pissenlits. »
L’apothéose d’une filiation de tous les courages, avec vue sur le monde.
Un hymne à la mère.
Dans le frôlement d’un récit qui vous fait une sacrée accolade.
Publié par les majeures Éditions Elyzad.
E.L.
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La Main
Thomas Vinçotte ou les doutes d'un sculpteur
Éditions Le Ver à Soie
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« La Main Thomas Vinçotte ou les doutes d’un sculpteur » est un roman judicieux et très fin.
En deux parties, avec des allers et retours entre 1914 et 2014.
Nous sommes en plongée sans distance, en Belgique, qui est plus Bruxelles.
En toile de fond, Thomas Vinçotte, un sculpteur officiel à la cour du roi Léopold II.
Il est membre également de l’Académie des Beaux Arts.
« Il peut ainsi très commodément arriver à la grande ville de l’Escaut, où, à l’Académie royale des Beaux-Arts, il enseigne à des talents plus ou moins prometteurs, les subtilités de la sculpture. »
Le concours souverain et prestigieux, lui donne le pouvoir de sculpter « La statue équestre de Léopold II. »
Il est pris de doute. L’ubiquité. Il ne peut être sculpteur et dans un même temps, empreint de rancœurs envers un roi dont les exactions au Congo sont quotidiennes.
Le colonialisme ici, est habilement déployé.
La justesse de ton de Roland Siegloff d’une main experte écrit sur l’édifice de l’Histoire.
Comment faire la part des choses ?
Comment séparer l’homme de l’artiste et la signature d’une œuvre en toute neutralité ?
Le style est posé et olympien.
1914 dévoile ses habitus, son idiosyncrasie.
On imagine alors une sculpture en noir et blanc.
Un homme réfléchi, passionné ,
« Mais d’où viennent donc ces visions oniriques ? Qu’est-ce qui peut mettre ce genre de scènes dans la tête du brave sculpteur ? »
La vocation souveraine, la création au paroxysme des choix, la dignité, la main qui façonne et lisse la matière.
Nous pressentons une œuvre dont l’invisible est la morale. La lucidité sans failles de Thomas Vinçotte.
Dans l’orée de 2014, Camille, une journaliste au seuil de son apprentissage, est désignée pour faire un reportage sur Thomas Vinçotte.
Camille est jeune, spontanée et réfléchie.
Elle est dans l’élan des questionnements politiques et des enjeux de l’Histoire entre le passé et le présent.
Le Congo et le châtiment des mains coupées,.
Elle rassemble l’épars. Collecte les documents, recueille les paroles.
Prise à partie de ses propres convictions.
Est-il possible de convoquer l’Art et l’Histoire ?
Jusqu’au jour où Camille, lors du reportage télévisé, voit la Statue équestre de Léopold II vandalisée.
La main coupée.
Un double symbole.
Abolir à jamais le colonisateur.
Et acter la vengeance.
Ce livre passionnant, érudit, riche de recherches est analytique.
La main dans l’épicentre de ce roman qui frôle l’essai et une conférence des plus apprenantes.
Philosophique, historique, le débat vaste et empreint d’ouverture.
Ce roman dressé au cordeau par Roland Siegloff lève le voile sur une statue, dont l’emblème ensanglanté, fait écho dans notre contemporanéité.
La littérature relie l’art à l’Histoire.
« Il ne suffit pas de participer si tu peux faire avancer la réflexion. Il ne suffit pas de réfléchir quand tu pourras agir. »
Un livre dont la puissance vitale donne chair à l’œuvre.
Publié par les majeures Éditions Le Ver à Soie.
E. L.
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De la terre des pleurs un grand vent s'éleva
Jane Sautière
Éditions Quidam éditeur
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« Résiste ».
« Résiste, gravé, reste ici, résiste à tout ce qui va t’être infligé. »
« De la terre des pleurs un grand vent s’éleva. »
Étreindre ce texte d’une cruciale oralité.
Le titre rouge sang, autant de larmes sur le trottoir de nos vies.
L’intensité du vers venu de l’Enfer de Dante, en réponse à Primo Levi, donne le sens plein à l’écriture d’Anne Sautière, née à Téhéran, aux moult romans primés.
« Ceci est le récit de la présence d’exilés en Europe, dans une grande ville riche d’un pays riche, Paris. »
Nécessaire, merveilleusement déplié, l’honneur d’en être nous aussi.
Dans le plein de ce grand témoignage résistant, un porte-flambeau devenu.
L’hymne de survie, réel, à fleur de peau, pour ces existences anonymes, « Le radeau de la Méduse » de Théodore Géricault.
Ils et elles sont tourmentés par l’accueil sur le seuil d’une France qui a du mal avec son frère ou sa sœur en humanité.
Jane Sautière sait la vérité, et s’implique, opérative et altruiste.
Dans une entraide innée, dans le Collectif des P’Tits Déj’ Solidaires.
« Je suis venue avec une voisine. En quelques jours nous étions une centaine. Nous avons servi là, avec les moyens du bord, jusqu’à sept cents petits déjeuners. »
« C’est par le pain partagé que nous nous sommes attachés à vous. C’est biblique, oui... »
Les miscellanées, autant de gestuelles solidaires.
Le crépitement de ce texte au présent, sublime de fraternité est la clé de voûte de l’édifice de l’hospitalité gagnante.
La Puissance Publique, l’emblème des faillites, des contrôles, et des larmes,
abandonne l’autre, notre prochain.
Encerclés par les rochers, autant d’écueils au macrocosme des épiphanies gagnantes.
Le rocher de Sisyphe, « cet espace-là, s’appelle la France et nulle part ailleurs.
« Vos affaires dans les gros ballots, à côté du chantier. »
Les narrations sont les puissantes réalités.
Vivant, proche, ce livre frôle nos peaux et nos cœurs et s’efface pour laisser grandir l’image de l’autre, son profil et son ombre. Nos abandons.
Notre contemporain, désespéré et faussement élu, balaye du regard, ces exilés, les nôtres en humanité.
Réfugiés, sans l’Arche de Noé, un microcosme d’hommes et de femmes, et d’enfants, dont Jane Sautière, connaît le bleu des yeux, les lèvres pâles.
La dignité sans la mendicité mentale.
La main tendue et l’altérité d’une bravoure humaine.
Le visage tourné vers la misère du monde, d’aucuns comptent le privilège d’apprendre de l’autre.
Les autres en haine et chaos, en stigmatisant l’humain comme un ennemi.
« Des visages, des yeux beaucoup, les yeux de la conscience, peut-être. »
« Le gel ne fend pas le cœur, le redoux, si. »
la littérature fascinante, l’antidote qui hurle pour ces mères, dont les petits se couvrent sous les couvertures fraternelles.
L’hospitalité, n’est pas une image d’Épinal, mais la pierre angulaire d’une concorde qui se révèle.
« Là, où on tombe de l’utérus de sa mère, on est chez soi. On naît tous à l’étranger et chez nous, simultanément. »
Ce plaidoyer irradie, tant il œuvre au liant. Tout se relie infailliblement.
Cette œuvre militante dont Les éditions Quidam éditeur, disent qu’elle est « L’Indignez-vous, d’aujourd’hui, où, « Le dû qui n’est pas un devoir, qui est notre origine humaine. »
Ce manifeste déploie le pays natal de la douleur et les actions pour semer des graines salvatrices.
Il somme au regard, à l’altruisme.
Sans donner de leçon, il est le passeport de la vérité.
Vibrant, opératif, il vibre, d’une voix douce, en mission perpétuelle.
Fascinant de lucidité, d’approche, d’humanité, il offre la clef, car « La défaite est permanente mais la victoire aussi. »
E. L.
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Trilogie des androïdes
Fabrice Schurmans
Préface d'ugo Bellagamba
Flatland Éditeur
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« Aucun poème ne viendra à bout de la nostalgie et de l’angoisse nées de la distance. »
« Sur la Lune, le ciel n’est bleu que dans les yeux d’un autre et le soleil ne brille que grâce aux pixels. »
« La Trilogie des androïdes » est un recueil de trois pièces de théâtre de l’imaginaire.
Ce qui est assez rare pour être souligné.
On pourrait penser à de la Science-fiction à l’état pur.
Nous en sommes très loin.
Fabrice Schurmans construit une arche qui emmêle les didascalies qui posent, non une mise en scène à venir, mais tout ce qu’il y a aux alentours.
Un jeu de miroir où le lecteur plonge son regard, en quête de repères avant de commencer la lecture de ce chef-d’œuvre.
Trois apothéoses, finement politiques, morales, et sociologiques.
En filigrane, l’éthique et la réflexion habilement dépeintes.
« Les passages Houdin » a obtenu le Prix Aristophane en 2024.
Certes les scènes enserrent les pans connus de Mars, la Lune, la Terre, et Titan.
Les androïdes dans une parabole d’anthropomorphisme.
Unique, scénique, et vivement philosophique, la trame pourvoit aux champs analytiques.
Le presque nihilisme, les leçons de vie, la dramaturgie de l’enfermement dans une navette spatiale.
Les vulnérabilités d’une finitude annoncée.
Les degrés de lecture qui se glissent et auxquels les lecteurs choisissent celui qui correspond à leurs identités.
Le rythme lexical est érudit.
L’essentialisme entre le temps qui n’est plus, l’espace infini.
Occuper son esprit, à moins de devenir fou.
« Les passages Houdin », Pièce de Steampunk.
Le retour dans le passé, tout en savourant l’humour de Fabrice Schurmans, qui plonge le lecteur-spectateur, dans les faillites des dictatures.
Nous sommes ici, dans une uchronie qui excelle de finesse.
Le jeu des paroles entre Jean (féminin), un androïde et Sean est le génie.
L’acuité fantastique qui détourne l’orée métaphysique.
«-Et le rêve, Jean...Le rêve. Voilà ce qui nous meut. »
« Elle chante, tandis que les hommes jouent. »
« Face cachée », Pièce de Science-fiction, détient quatre personnages. Ils sont dans une maison de repos, entre le ciel et la terre. La mémoire effacée.
« Alors, avec le temps, tu espaces les contacts, tu diffères les réponses, tu oublies les anniversaires. »
« Défamiliariser, c’est confondre les fruits et les grands-mères. »
« Tu as beau connaître le Bon usage sur le bout des processeurs, tu ne saisiras jamais la profondeur du silence unissant les danseurs. »
« Faut-il partir ? Rester ? Si tu veux rester, reste. Pars, s’il le faut. »
« Trilogie des androïdes » est un outil pour les étudiants (es) en littérature.
Les férus de textes rares et surdoués, dont le sens est spéculatif.
L’humanité dépeinte avec la finesse d’un maître raisonnable, poète, fin connaisseur de l’espèce humaine.
« À celles et ceux qui doivent se taper Mars ou Titan ! Baudelaire et Satie ne leur seront d’aucun secours. »
A bon entendeur !
Le rideau s’ouvre et c’est l’heure.
E. L.
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Grandes personnes
Maria Orban
Traduit du roumain par Raymond Clarinard
Et Julia Guéritée
Éditions Bleu & Jaune
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D’une haute contemporanéité, tant, « Grandes personnes » tisse ce qui fait signe et sens.
Un récit prodigieux et fondamental, qui enserre la quête de soi.
Rucsandra Radu à 36 ans.
Elle est professeur de roumain.
Narratrice, elle nous convoque au cœur de la trame qui fait écho à d’aucuns.
Sans subversion, mais avec sincérité, « Grandes personnes » est la proclamation d’une émancipation.
Construire son identité de femme au travers d’une famille en mailles avec les aspérités, l’éducation et l’idiosyncrasie de la Roumanie.
Comment transformer une épreuve ?
Rucsandra et Seba vont divorcer. Elle subit le délitement de son couple.
Seba, effacé, presque invisible. Sa vie déjà ailleurs.
Rucsandra ne le sait pas, pas encore, plus tard dans ce roman touchant.
Elle ressent des faillites au fond d’elle-même.
Des blessures enfouies. Tout remonte à la surface.
Elle peine à se frayer un chemin dans l’annonce irrévocable de cette séparation.
La tristesse douce, sans un seul cri.
Une lucidité qui ouvre ses yeux sur Seba.
Un parchemin qui s’effrite. Il ne l’aime plus.
Rucsandra est une presque enfant. Elle se confie à ses élèves.
On perçoit une complicité. Comme si les années qui la séparent des collégiens étaient effacées.
Un antidote silencieux et une façon de soulager ses peines.
Éreintée dans l’étreinte familiale.
Son père décédé l’an passé, alcoolique et violent depuis sa petite enfance.
Une mère chronophage, qui étouffe sa fille.
Rucsandra comprend qu’elle ne peut absoudre ce qui lui pèse, sans passer par le délitement de ce qui fut.
L’acte manqué, la perte de sa carte d’identité, avant le le jugement de son divorce, prévu le lendemain est le détonateur.
On aime ses défenses, son humour de survie, et l’ironie qui habite sa raison.
Telle une bouée de sauvetage, face aux turbulences.
Elle creuse la terre à mains nues. Elle fait le tour de sa vie.
Fragile mais déterminée, elle se fraie entre les branchages de sa généalogie.
Où donc est cette carte d’identité ?
Le récit est une immersion sensible, brillante et intuitive.
D’une voix calme et olympienne, la trame est un long soupir, mais salvatrice.
La posture analytique, l’honneur d’une langue pudique et honorable.
Ce que l’on porte en héritage depuis l’enfance et que l’on ne peut effacer à la craie blanche.
« Grandes personnes » est une toile de maître et son arborescence est une renaissance en advenir.
La maturité au travers d’une carte d’identité, à l’instar d’un sésame pour mieux se retrouver. Autrement.
« C’est comment chez vous ? Vous faites comment pour résister ? C’est une épreuve d’endurance ? »
« Même si rien n’avait changé, plus rien n’était pareil. »
Fascinant, tiré au cordeau, Marie Orban délivre un roman existentiel, d’ombre et de lumière.
Traduit à la perfection du roumain par Raymond Clarinard et Julia Guéritée.
Publié par les majeures Éditions Bleu et Jaune.
La littérature européenne en apogée.
E. L.
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Constellations des ruines
Watson Charles
Préface d'Hélène Fresnel
Éditions Æthalidès
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« Constellations des ruines », survient subrepticement, l’écriture souveraine de Watson Charles.
Ici, le chant suprême et la voûte des mots, qui cherchent encore le souffle intrinsèque.
Les ruines en apogée, où reflètent les rémanences, pierre après pierre.
L’expression même de la mémoire, une chapelle endormie à flanc de roches et de soupirs.
Le monde en ses mains, ses regards forgent le présent.
Watson Charles exprime dans l’instantané d’une poésie, les siècles meurtris.
Ce qui fut des douleurs intestines, des peurs et des peines, des guerres et des enfants abandonnés dans les limbes.
De Rome à Port au Prince, l’Histoire et la mort, tout est matière à étreindre les ruines qui s’éveillent pour un instant encore.
Un seul instant de survivance qui suffit à combler l’errance.
Tout est magnificence, étreintes et entrelacs.
« Le jour s’achève dans la détresse des pluies, et si un jour j’arrive à te parler, je dirai à la conque des bateaux tous les ressacs d’un monde inouï, je dirai sans te le dire réellement. »
Tendre nos mains, figées en coquille. Les mots sont des caresses pour les ruines.
Des consolations, des chuchotements, des prières.
Et les hommes et les femmes vont se relever.
Puisque, « Je contemple l’écrin aux mille feux, géante Babel de nos voyages oniriques. »
« De mes mains
j’ai appris à remuer la terre fragile. »
Watson Charles convoque l’humanité.
Les voix à l’instar de murmures venus des profondeurs.
Les ruines ont des racines et poursuivent la marche du monde, inlassablement.
Pèlerin du verbe, qui sème tel un astre, ses poèmes comme des graines pour les hommes affamés.
« Autour de toi les villes
implorent le repos
et nous aussi
nous demandons au soleil
de nous faire grâce du printemps. »
Tout est beau ici. Quand bien même, le sage erre entre les pierres, les ruines gorgées de lierre ou de larmes.
Ses paroles sont des empreintes. Les traces d’un poète qui a le pouvoir de la langue.
Celle d’une mappemonde incantatoire.
« Ville à hauteur d’homme
tu apportes
la lumière brisée
des murailles. »
Celles qui brillent dans cette quintessence.
La gloire supérieure d’un génie du verbe.
L’onirisme, la beauté douloureuse.
La pierre angulaire d’une littérature spéculative.
« De ses villes délavées
scintillantes – enfin les ruines. »
On écoute une lumière , l’élégie des ruines.
Le sacre de la pierre.
Préface d’Hélène Fresnel.
Collection Le Zeste bleu
Publié par les majeures Éditions Æthalidès.
E. L.
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