Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'élégancedeslivres

Publicité
6 avril 2026

Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver

Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver
Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver Crépusculaire, rimbaldien, dans une dimension tragique qui excelle de degrés de lecture. Une réalité sociale, intrafamiliale, urgente et juste. « Nous sommes la meute pas le troupeau...
Publicité
2 avril 2026

Les buveurs de bière Jacques Josse Éditions Quidam éditeur

Les buveurs de bière Jacques Josse Éditions Quidam éditeur
Les buveurs de bière Jacques Josse Éditions Quidam éditeur Ces onze récits sont des refuges, où les hommes, les vrais gens, sont juste là pour saisir le jour. Étreindre la parole en buvant une bière. Laisser couler cette saveur, et les habitus trinquent...
30 mars 2026

Les jeux heureux de l'enfance Charlotte Gneuss Traduit de l'allemand par Rose Labourie Éditions Les Argonautes éditeur

Les jeux heureux de l'enfance Charlotte Gneuss Traduit de l'allemand par Rose Labourie Éditions Les Argonautes éditeur
Les jeux heureux de l'enfance Charlotte Gneuss Traduit de l'allemand par Rose Labourie Éditions Les Argonautes éditeur « Les jeux heureux de l’enfance » est une fiction qui entraîne la grande Histoire. Captivant, émouvant, ce roman est un viatique sentimental...
19 septembre 2026

Trilogie des androïdes Fabrice Schurmans Préface d'Ugo Bellagamba Flatland Éditeur

Trilogie des androïdes

Fabrice Schurmans

Préface d'ugo Bellagamba

Flatland Éditeur

« Aucun poème ne viendra à bout de la nostalgie et de l’angoisse nées de la distance. »

« Sur la Lune, le ciel n’est bleu que dans les yeux d’un autre et le soleil ne brille que grâce aux pixels. »

 

« La Trilogie des androïdes » est un recueil de trois pièces de théâtre de l’imaginaire.

Ce qui est assez rare pour être souligné.

On pourrait penser à de la Science-fiction à l’état pur.

Nous en sommes très loin.

Fabrice Schurmans construit une arche qui emmêle les didascalies qui posent, non une mise en scène à venir, mais tout ce qu’il y a aux alentours.

Un jeu de miroir où le lecteur plonge son regard, en quête de repères avant de commencer la lecture de ce chef-d’œuvre.

Trois apothéoses, finement politiques, morales, et sociologiques.

En filigrane, l’éthique et la réflexion habilement dépeintes.

« Les passages  Houdin » a obtenu le Prix Aristophane en 2024.

Certes les scènes enserrent les pans connus de Mars, la Lune, la Terre, et Titan.

Les androïdes dans une parabole d’anthropomorphisme.

Unique, scénique, et vivement philosophique, la trame pourvoit aux champs analytiques.

Le presque nihilisme, les leçons de vie, la dramaturgie de l’enfermement dans une navette spatiale.

Les vulnérabilités d’une finitude annoncée.

Les degrés de lecture qui se glissent et auxquels les lecteurs choisissent celui qui correspond à leurs identités.

Le rythme lexical est érudit.

L’essentialisme entre le temps qui n’est plus, l’espace infini.

Occuper son esprit, à moins de devenir fou.

« Les passages Houdin », Pièce de Steampunk.

Le retour dans le passé, tout en savourant l’humour de Fabrice Schurmans, qui plonge le lecteur-spectateur, dans les faillites des dictatures.

Nous sommes ici, dans une uchronie qui excelle de finesse.

Le jeu des paroles entre Jean (féminin), un androïde et Sean est le génie.

L’acuité fantastique qui détourne l’orée métaphysique.

«-Et le rêve, Jean...Le rêve. Voilà ce qui nous meut. »

« Elle chante, tandis que les hommes jouent. »

« Face cachée », Pièce de Science-fiction, détient quatre personnages. Ils sont dans une maison de repos, entre le ciel et la terre. La mémoire effacée.

« Alors, avec le temps, tu espaces les contacts, tu diffères les réponses, tu oublies les anniversaires. »

« Défamiliariser, c’est confondre les fruits et les grands-mères. »

« Tu as beau connaître le Bon usage sur le bout des processeurs, tu ne saisiras jamais la profondeur du silence unissant les danseurs. »

« Faut-il partir ? Rester ? Si tu veux rester, reste. Pars, s’il le faut. »

« Trilogie des androïdes » est un outil pour les étudiants (es) en littérature.

Les férus de textes rares et surdoués, dont le sens est spéculatif.

L’humanité dépeinte avec la finesse d’un maître raisonnable, poète, fin connaisseur de l’espèce humaine.

« À celles et ceux qui doivent se taper Mars ou Titan ! Baudelaire et Satie ne leur seront d’aucun secours. »

A bon entendeur !

Le rideau s’ouvre et c’est l’heure.

E. L.

 

 

 

 

 

18 septembre 2026

Grandes personnes Maria Orban Traduit du roumain par Raymond Clarinard & Julia Badea Guéritée Éditions Bleu & Jaune

Grandes personnes

Maria Orban

Traduit du roumain par Raymond Clarinard 

Et Julia Guéritée

Éditions Bleu & Jaune

D’une haute contemporanéité, tant, « Grandes personnes » tisse ce qui fait signe et sens.

Un récit prodigieux et fondamental, qui enserre la quête de soi.

Rucsandra Radu à 36 ans.

Elle est professeur de roumain.

Narratrice, elle nous convoque au cœur de la trame qui fait écho à d’aucuns.

Sans subversion, mais avec sincérité, « Grandes personnes » est la proclamation d’une émancipation.

Construire son identité de femme au travers d’une famille en mailles avec les aspérités, l’éducation et l’idiosyncrasie de la Roumanie.

Comment transformer une épreuve ?

Rucsandra et Seba vont divorcer. Elle subit le délitement de son couple.

Seba, effacé, presque invisible. Sa vie déjà ailleurs.

Rucsandra ne le sait pas, pas encore, plus tard dans ce roman touchant.

Elle ressent des faillites au fond d’elle-même.

Des blessures enfouies. Tout remonte à la surface.

Elle peine à se frayer un chemin dans l’annonce irrévocable de cette séparation.

La tristesse douce, sans un seul cri.

Une lucidité qui ouvre ses yeux sur Seba.

Un parchemin qui s’effrite. Il ne l’aime plus.

Rucsandra est une presque enfant. Elle se confie à ses élèves.

On perçoit une complicité. Comme si les années qui la séparent des collégiens étaient effacées.

Un antidote silencieux et une façon de soulager ses peines.

Éreintée dans l’étreinte familiale.

Son père décédé l’an passé, alcoolique et violent depuis sa petite enfance.

Une mère chronophage, qui étouffe sa fille.

Rucsandra comprend qu’elle ne peut absoudre ce qui lui pèse, sans passer par le délitement de ce qui fut.

L’acte manqué, la perte de sa carte d’identité, avant le le jugement de son divorce, prévu le lendemain est le détonateur.

On aime ses défenses, son humour de survie, et l’ironie qui habite sa raison.

Telle une bouée de sauvetage, face aux turbulences.

Elle creuse la terre à mains nues. Elle fait le tour de sa vie.

Fragile mais déterminée, elle se fraie entre les branchages de sa généalogie.

Où donc est cette carte d’identité ?

Le récit est une immersion sensible, brillante et intuitive.

D’une voix calme et olympienne, la trame est un long soupir, mais salvatrice.

La posture analytique, l’honneur d’une langue pudique et honorable.

Ce que l’on porte en héritage depuis l’enfance et que l’on ne peut effacer à la craie blanche.

« Grandes personnes » est une toile de maître et son arborescence est une renaissance en advenir.

La maturité au travers d’une carte d’identité, à l’instar d’un sésame pour mieux se retrouver. Autrement.

« C’est comment chez vous ? Vous faites comment pour résister ? C’est une épreuve d’endurance ? »

« Même si rien n’avait changé, plus rien n’était pareil. »

Fascinant, tiré au cordeau, Marie Orban délivre un roman existentiel, d’ombre et de lumière.

Traduit à la perfection du roumain par Raymond Clarinard et Julia Guéritée.

Publié par les majeures Éditions Bleu et Jaune.

La littérature européenne en apogée.

E. L.

 

 

 

 

Publicité
16 septembre 2026

Constellations des ruines Watson Charles Préface d'Hélène Fresnel Éditions Æthalidès

Constellations des ruines

Watson Charles

Préface d'Hélène Fresnel

Éditions Æthalidès

« Constellations des ruines », survient subrepticement, l’écriture souveraine de Watson Charles.

 

Ici, le chant suprême et la voûte des mots, qui cherchent encore le souffle intrinsèque.

Les ruines en apogée, où reflètent les rémanences, pierre après pierre.

L’expression même de la mémoire, une chapelle endormie à flanc de roches et de soupirs.

Le monde en ses mains, ses regards forgent le présent.

Watson Charles exprime dans l’instantané d’une poésie, les siècles meurtris.

Ce qui fut des douleurs intestines, des peurs et des peines, des guerres et des enfants abandonnés dans les limbes.

De Rome à Port au Prince, l’Histoire et la mort, tout est matière à étreindre les ruines qui s’éveillent pour un instant encore.

Un seul instant de survivance qui suffit à combler l’errance.

Tout est magnificence, étreintes et entrelacs.

« Le jour s’achève dans la détresse des pluies, et si un jour j’arrive à te parler, je dirai à la conque des bateaux tous les ressacs d’un monde inouï, je dirai sans te le dire réellement. »

Tendre nos mains, figées en coquille. Les mots sont des caresses pour les ruines.

Des consolations, des chuchotements, des prières.

Et les hommes et les femmes vont se relever.

Puisque, « Je contemple l’écrin aux mille feux, géante Babel de nos voyages oniriques. »

« De mes mains

j’ai appris à remuer la terre fragile. »

Watson Charles convoque l’humanité.

Les voix à l’instar de murmures venus des profondeurs.

Les ruines ont des racines et poursuivent la marche du monde, inlassablement.

Pèlerin du verbe, qui sème tel un astre, ses poèmes comme des graines pour les hommes affamés.

« Autour de toi les villes

implorent le repos

et nous aussi

nous demandons au soleil

de nous faire grâce du printemps. »

Tout est beau ici. Quand bien même, le sage erre entre les pierres, les ruines gorgées de lierre ou de larmes.

Ses paroles sont des empreintes. Les traces d’un poète qui a le pouvoir de la langue.

Celle d’une mappemonde incantatoire.

« Ville à hauteur d’homme

tu apportes

la lumière brisée

des murailles. »

Celles qui brillent dans cette quintessence.

La gloire supérieure d’un génie du verbe.

L’onirisme, la beauté douloureuse.

La pierre angulaire d’une littérature spéculative.

« De ses villes délavées

scintillantes – enfin les ruines. »

On écoute une lumière , l’élégie des ruines.

Le sacre de la pierre.

Préface d’Hélène Fresnel.

Collection Le Zeste bleu

Publié par les majeures Éditions Æthalidès.

E. L.

 

 

15 septembre 2026

Sa fille Claudia Dey Traduction de Fqanny Britt Éditions Québec Amérique

Sa fille

Claudia Dey

Traduction de Fanny Britt

Éditions Québec Amérique

« On a toujours plus d’irréalité que l’autre ; c’est soi qu’on voit le moins, disait Ani, citant Marguerite Duras. »

 

« Sa fille » est un roman contemporain.

Une histoire familiale anxiogène.

Un tableau psychologique dont l’arborescence est la généalogie d’une famille en prisme de tumultes.

Sans prise de conscience de son déséquilibre.

Et puis voici le père : Paul Dean. Un anti-héros malsain, vil, faux, et manipulateur.

Écrivain réputé, dont il doit son succès grâce à son roman « Sa fille ».

Qui est-elle ? Mona sa première fille, ou Eva, celle, née de son deuxième mariage avec Cherry .

Une mère et belle-mère capricieuse, hautaine, qui déteste Mona.

Elle lui fait la vie impossible.

Quand bien même que Mona soit une jeune femme.

Elle sent en son dos toutes les agressions possibles car mentales.

Le roman dresse la toile de la trahison dans toute son idiosyncrasie.

Quelle soit morale ou psychologique, elle enserre la trame de ses griffes.

Le style moderne, tiré au cordeau, dans une ampleur presque polyphonique, attise les intériorités dans un jeu de miroir.

Mona ne rencontre son père que sur rendez-vous, dans un restaurant.

Il lui avoue son adultère. Mona porte en elle, toute la violence d’une emprise.

Fragile, dépressive, seule, sa passion artistique l’apaise.

Jusqu’au ira Paul ?

« Paul m’avait offert un rôle exclusif. Aider un infidèle constituait, en soi, une infidélité. Une comédienne,aussi bien qu’une arnaqueuse. »

C’est une histoire plausible. Claudia Dey emmène ses personnages dans les eaux troubles des comportements riches d’arrières-pensées
Tout est préparé, calculé. On ressent l’aigreur des mensonges.

« C’était lui qui nous opposait les unes aux autres, qui attisait les rivalités. »

Cherry et Eva contre Juliet et moi, en guerre pour lui, Paul, notre butin. Notre roi.»

C’est une capacité sans limite d’écriture.

Pas un seul instant, Claudia Dey ne cède face à cette toxicité.

D’avance, elle sait son roman placé au plus juste de son cheminement.

Quand bien même il dérange. C’est tout l’art d’une construction habile et douée.

Le mal pour toile de fond.

C’est ici, sa force et sa constance de ton.

Mona se réalisera t-elle un jour ?

Tout prend sens, « Sa fille » est un microcosme où la plume aguerrie de Claudia Dey, va jusqu’au paroxysme.

Paul est le metteur en scène de cette mise en abîme qui happe et rend lucide.

C’est toute sa prouesse.

« Sa fille » est un tsunami.

Comment une fratrie peut-elle bâtir son advenir, lorsque une seule personne, destructrice qui plus est, abat toutes les cartes ?

Que reste-t-il de « Sa fille », cette doublure faussée par un jeu malaisant ?

« Paul est une perturbation atmosphérique, une rafale qui te cloue au sol. Paul ne sauvera que sa propre peau. »

Terrible et sublime.

Traduit par Fanny Britt. Publié par les majeures Éditions Québec Amérique.

E. L.

 

13 septembre 2026

Scélérate David Vanek Éditions Élysande

 

Scélérate

David Vanek

Éditions Élysande

«Scélérate » a du bleu au fond des yeux.
Essentiel, émouvant, ce roman pétri d'humanité est d'une force sidérante.
La supériorité d'une lecture qui excelle de sentiments et de délicatesse.
C'est une ode à la mer-mère.
Françoise à soixante dix sept ans, déterminée, réfléchie, frêle, elle a en elle beaucoup de complétude et de ciel.
Elle sait l'urgence de ses pensées et de ses actions.
Veuve, « elle remonte en sens inverse, faire des lundis des dimanches.
Sa manière à elle d'entrer en résistance, libre de choisir jusqu'au bout. »
Elle est une navigatrice aguerrie.
Son voilier « Maurice » est un protagoniste à part entière.
Dans sa tombée du jour, elle décide de traverser l'Atlantique.
Entre Madère et la Martinique, « Françoise a la bienveillance des personnes dont la vie a été si riche que le temps à venir appartient aux autres, résidu offert à tempérament et sans limite. »
Les vagues, le vaste de l'horizon, la maestria dans la gloire maritime.
La mer, en filigrane, qui conjugue dans « Scélérate », la rédemption en advenir.
Ce roman happe, fait pleurer, virtuose et immense de beauté intérieure.
Elle désire faire ce voyage avec Martin, son fils unique.
Un cinquantenaire, dessinateur côté ville.
Cet homme dans le mitan de sa vie, est en quête existentielle. Il ne le sait pas.
Il est désenchanté. Posé, calme, il inspire la complétude.
Une aura olympienne, un contrôle de lui-même sans faille, qui rassure et rend la trame lumineuse, car attentive.
Sur le voilier, Cécile, trente ans.
Paumée, en proie aux tragédies toxiques, ce périple en mer doit la sauver.
C'est un pacte entre Marie, la soeur de Cécile et Martin son collègue et ami.
« Je te promets une jolie rencontre, Martin c'est une belle personne, avait dit Marie. »
Le huis-clos sur le voilier est l'empreinte de la connaissance et de la concorde.
Le triptyque va s'apprivoiser, se cadencer. Telle l'ancre d'un bateau, apprendre et retenir les mots essentiels.
Les regards d'une mère pour son fils.
« Elle veut continuer à butiner ce qu'elle peut avant que les mots ne viennent enfermer Martin. »
« On parle mal de soi. »
Fascinant dans sa gestuelle d'une écriture qui emprunte à la mer, le vocabulaire d'excellence.
L'océan, ici, spécule, attend son heure.
Une mère retient encore le cantique maternel.
Un fils attend la réponse. L'acuité d'un amour filial.
Cécile est en mutation grandissante.
Les liens ici, sont des maillons qui dépassent l'entendu.
La grâce et la pudeur, le chant de la vague, et le murmure du lointain.
Françoise, héroïne, dans sa plus vive capacité de résistance.
Son corps qui résonne, d'embruns et de ressacs, faible, touché par la finitude.
Trois, ils sont trois.
David Vanek est dans l'épicentre d'une vague qui enfle, cogne et surprend, si douée et expressive.
« Comment fait-elle pour toujours mener le combat ? Ne jamais baisser la garde. Ne jamais refuser l'obstacle. Qui a séché ses larmes avant, à l'époque des couteaux à pain qui tranchent des brioches parfumées. »
On aime ce microcosme. Cette lumière qui se diffuse sur une narration marine, charnelle, dans le frôlement de l'exutoire.
La décence et ce regard doux sur Cécile.
« Elle en a vu d'autres. Pas son équipage. Martin, elle peut compter sur lui.
Mais la petite. Elle devra la préparer, mais pas ce soir. »
Dix jours en mer, jusqu'à l'ultime.
L'épopée qui enfante le réel en pleine lucidité.
L'apothéose d'un roman sublime qui oeuvre en générosité.
Le panthéon littéraire.
David Vanek offre au lecteur (trice) la pleine mère-mer. Et c'est beau.
Comme le disent si bien les majeures Éditions Élysande, «  car la mer, chez lui, c'est une langue maternelle. »

 

3 septembre 2026

Le joli-bois Sujee Godard Éditions Double Ponctuation

Le joli-bois

Sujee Godard

Éditions Double Ponctuation

« J’avais 2 ans lorsqu’on m’a déposée dans cette famille qui n’était pas la mienne. »

« Livrée comme un colis. »

 

« Le joli-bois » est crépusculaire.

La supériorité des confidences est la sororité de cette autofiction dont Sujee Godard est le reflet.

Le mérite d’entrouvrir la porte doucement.

Laisser les rais d’une existence meurtrie dans sa chair œuvrer aux dires.

Sujee Godard marche dans la canopée des rémanences.

Une petite fille accueillie chez Anne et Henry Hosberg : une enfant de la D.A.S.S.

Le récit est sans pathos, ni plaintes.

Les faits flottent à la surface d’une petite existence déjà muselée par les faillites des grandes personnes.

Noah, dont nous découvrons le prénom à la page 48, est la narratrice, qui élève la trame, dans sa dimension la plus tragique et lucide.

Le recul nécessaire pour laisser l’écriture œuvrer en vérité.

Une nage à contre-courant.

Elle est ici, grandissante au fil des pages.

Dans une campagne sereine et consolante.

Entourée de Yanis, un petit garçon afghan âgé de 4 ans et Leila âgée de 6 ans.

Yanis est rejeté. Le racisme latent. Le bouc-émissaire, l’exutoire de haine.

Les coups pleuvent. Le sadisme sournois, et les grosses colères dédiées à sa peau frêle et la fragilité des vulnérabilités.

« Quand on est un enfant, on pense que la déviance vient de nous. »

La petite se faufile entre les peurs et les sursauts.

Son grand-frère de cœur, battu sans relâche.

Elle ne le défend pas. Elle protège sa peau.

Mais elle acte une solidarité silencieuse.

Tous les deux explorent la forêt.

Cet espace sylvestre et apaisant pour leurs petits cœurs.

Le joli-bois et l’excellence d’une tendresse qui perce les feuillages.

D’ombre et de lumière, le récit rassemble les dualités.

Autant, ils ne manquent de rien, autant l’antre est cabossée.

Ils ont tous les deux manqué d’amour, de dialogues, ils ne savent pas parler.

Ils ne connaissent que le silence et la dureté.

La violence perpétuelle.

Entre les gouttes Anne est une presque mère pour Noah. Elles confectionnent des gâteaux et Anne lui fait des confidences.

Mais Yanis décide de partir le jour de ses dix-huit ans.

Synonyme de liberté et les juges n’ont alors plus la main sur son enfance.

Paris s’élève. Retrouver son père. Son âge est le sésame devenu.

Noah est seule et désarmée sans son frère. Abandonnée dans cette concorde dont la flamme se meurt.

Ses élans foudroyés.

La maison a des poses. Des respirations douces. Noah prend ses marques entre les écueils.

« Je grandis avec une mauvaise définition de l’amour. »

« Je continue de me rendre dans le joli-bois, seule, sans mon acolyte. »

Noah démonte les mécanismes implacables d’une enfance qui a connu le sacrifice de l’amour. Dans les interstices, le calme olympien d’Anne et de ses quelques confidences.

Comment se construire après une enfance avec des cernes sous les yeux ?

« Le joli-bois » est l’effusion d’une œuvre nécessaire qui témoigne entre sa densité psychique et ses résonances, l’héritage de l’enfance sans issue de secours.

La dignité d’en sortir vivant.

Le fronton de la parole vraie.

Publié par les majeures Éditions Double Ponctuation.

E. L.

 

 

 

31 août 2026

Coco Express Vicente Ulive-Schnell Éditions Intervalles

Coco Express

Vicente Ulive-Schnell

Éditions Intervalles

Fascinant, vif, mené d’une main de maître.

« Coco Express » est un roman noir, serré comme un café fort.

Surdoué, contemporain, c’est un lever de rideau brillant, où Le Venezuela prend place avec force et vigueur.

En 2014, à Caracas, sous l’ère de Nicolás Maduro.

Un régime quasi totalitaire, qui met le peuple à rude épreuve.Les manifestations s’élèvent et enflent. Le pays est à feu et à sang.

Les oppressions sont rudes et les manifestants sont violemment réprimés.

On ressent une atmosphère lourde d’un pays ployé sous les affres.

La réalité sociale est dépeinte avec l’observation érudite de Vicente Ulive-Schnell, franco-vénézuélien.

Le roman frôle un essai géopolitique.

Sous couvert de protagonistes emblématiques et fictifs, dans un récit aux moult connaissances.

L’heure belle et certifiée de lire un thriller engagé et analytique.

La critique objective d’un pays où les corruptions sont monnaie courante, depuis la dictature d’Hugo Chavez.

L’idiosyncrasie est dépeinte dans une trame dont l’oralité et la polyphonie font sens.

On pourrait annoter de nombreux passages, tant la culture de Vicente Ulive-Schnell est immense.

Nous retrouvons avec délice Enrique Dávila, un détective privé, personnage du précédent roman « Les Poissons de Caracas ».

Iker Castellanos, un journaliste espagnol et Claudia une journaliste locale qui connaît sur le bout des doigts les us et coutumes du Venezuela.

Ce trio va mener avec fièvre, une enquête sur un réseau de trafic de drogue.

Le style journalistique est source de savoirs.

« Les cellules du commissariat, ça va encore, c’est la vraie prison qui fait peur. C’est là que tu as de groooos problèmes. Parce qu’il y a les pranes. Tu connais pas les pranes ? Ce sont eux qui contrôlent la prison. Et il faut leur donner de l’argent, et tout est cher là-dedans….Si tu paies, ils te protègent des mauvaises personnes. Parce que là-dedans, il y a de très, très mauvais gars. Les vrais méchants. Je ne veux pas aller en prison. »

« Henry López Cisco avait été le commissaire de police du renseignement à l’origine des massacres les plus tristement célèbres de la fin du XXe siècle.

Les corps s’entassaient derrière cet agent moustachu et gros buveur dès 1982, quatre-vingt trois personnes avaient été assassinées et enterrées dans des fosses communes à Cantaura. »

Magnétique, dans cette supériorité de lire une histoire entraînante qui, dans ses mouvements, donne cette dimension lucide d’un pays dans ses moindres recoins et tragédies.

Les Cartels de drogue, véritables tentacules.

Le roman explose dans ses vérités.

« Coco Express », un système rodé, sous une couverture d’agences de voyages, la puissance mafieuse.

Vertigineux, dans une orée sociologique et géopolitique, ce récit est doté d’une double lecture.

Un roman policier et l’apothéose d’un triptyque qui pointe du doigt là où ça fait mal.

Une conférence à ciel ouvert qui rassemble l’épars. Érudite et finement politique, ici, Vicente Ulive-Schnell dévoile la vulnérabilité d’un pays piégé par ce qu’il y a de plus vil.

Brillant, ce livre est un outil pour les étudiants (es).

L’auteur a aussi produit et réalisé des courts métrages primés en Europe.

Tant le style est filmique, résolument moderne et captivant.

« Coco Express » est stimulant d’intelligence.

Le regard juste et subversif.

Savoureux et nécessaire.

Publié par les majeures Éditions Intervalles.

E. L.

 

 

 

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>
L'élégancedeslivres
Publicité
Archives
Publicité